Tout appelait les envolées, le lyrisme, les formules qui restent. Des marches du Capitole au Lincoln Memorial, tout au long du mall, de cette trouée verte dont les monuments racontent l’histoire américaine, ils étaient plus de deux millions, jeunes pour la plupart, venus de tous les coins du pays, et les télévisions cadraient des regards intenses, des visages pleins d’espoir, les larmes aussi de vieilles dames noires qui avaient connu d’autres temps et que le bonheur suffoquait. Jusque devant les écrans, l’émotion vous nouait la gorge mais c’est un autre registre qu’avait choisi le nouveau président des Etats-Unis. Ni formules ni effets de manche, la voix grave, lente et presque toujours monocorde, Barack Hussein Obama (il avait tenu à son second prénom pour le serment) avait tout du général exhortant ses troupes avant la bataille. Par sa retenue, par sa gravité, il voulait dire qu’il n’avait que des efforts à demander à l’Amérique, la volonté de relever le gant et braver l’adversité, mais écoutons-le plutôt. « Je vous dis aujourd’hui, lance-t-il d’emblée, que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont sérieux et nombreux. Ils ne seront pas aisément relevés ni en un court laps de temps. Mais sache-le, America, ils seront relevés », dit-il avec certitude avant de rappeler que « la grandeur n’est jamais donnée ». « Elle doit se gagner », poursuit-il avant d’expliquer : « Nous restons la plus prospère et la plus puissante nation du monde (mais) nous devons rebâtir l’Amérique. Nous n’agirons pas seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour donner de nouvelles bases à la croissance. Nous construirons les ponts et les lignes numériques. Nous redonnerons sa place à la science. Nous domestiquerons le soleil, les vents et la terre pour faire rouler nos voitures et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles, nos collèges et nos universités afin de répondre aux exigences d’un nouvel âge. Nous pouvons le faire et le ferons », répète-t-il sans jamais parler d’argent ni de déficits mais toujours des vertus et de l'endurance d’un pays qui avait mis longtemps à devenir une superpuissance, à la fin seulement de la Deuxième guerre mondiale. Tout son discours est, à la fois, imprégné des valeurs du travail et d’appels à la solidarité, de traditions et de justice sociale. « La question, dit-il, n’est pas de savoir s'il y a trop ou pas assez d’Etat mais s’il aide les familles à trouver des emplois décemment payés, des soins qu’ils peuvent s’offrir et une digne retraite. Le marché, reprend-il, est inégalé dans la création de richesses mais cette crise nous rappelle qu’il peut échapper à tout contrôle et qu’une nation ne peut pas longtemps prospérer quand elle ne favorise que les riches ». Dans ce qui se fait de plus à gauche en Amérique, tout est balancé mais, sur un point, il est catégorique : « Nous rejetons, dit-il aussitôt applaudi, le faux choix entre la sécurité et nos idéaux – l’état de droit et les droits de l’homme ».

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