C’est tout Obama, président au style, décidément, singulier. Dans ce bastion démocrate qu’est le Massachusetts, un républicain remporte, mardi, l’élection sénatoriale partielle provoquée par la mort de Ted Kennedy. Humiliant pour Barack Obama, ce coup de tonnerre vient, surtout, menacer l’adoption de son projet de généralisation de la couverture médicale car la défaite des Démocrates les fait passer sous la barre des 60 voix nécessaire à empêcher que les Républicains ne recourent à l’obstruction pour bloquer le vote. Le danger n’est pas mortel mais sérieux et que fait Obama ? Il pourrait finaliser au plus vite son projet, consentir aux nouvelles concessions que cela demanderait, créer le fait accompli avant que le nouvel élu n’ait pris son siège, mais non. Il fait dire que l’Amérique a besoin de « réformes d’envergure » et écarte l’idée d’un vote avant que le nouveau sénateur ne puisse y prendre part. Il prend acte, autrement dit, du suffrage universel, ne joue pas avec mais tente d’imposer aux Républicains la même élégance que la sienne en mettant l’opinion de son côté. C’est tout Obama, conciliateur né depuis l’enfance. De père noir mais de mère blanche, élevé par ses grands-parents maternels mais toujours confronté, bien sûr, aux regards suscités par sa couleur de peau, cet homme a su apprendre à intégrer, analyser et comprendre les raisons des différents mondes dont il était issu. Il a su passionnément aimer une grand-mère qui pouvait craindre de croiser un Noir sur un trottoir et se lier d’amitié avec des Noirs qui en étaient venus à détester les Blancs. Il a su dépasser ces réactions premières des uns et des autres, admettre qu’il fallait les prendre en compte, ne pas les nier, pour arriver, un jour, à une société post-raciale à l’avènement de laquelle il ambitionne évidemment de contribuer, par son exemple. Plus encore qu’un conciliateur, cet homme est aussi un réconciliateur qui a trouvé ses valeurs dans celles qu’enseignent les mythes américains, le « common sense », ce bon sens supposé déterminer l’intérêt commun, et la « fairness », l’équité et non pas l’égalité qui doit présider aux rapports entre les hommes. Il croit en cela comme on croit en un idéal violé auquel on adhère pour le restaurer. Il croit en l’Amérique à laquelle il voudrait rendre les idéaux de ses Pères fondateurs qu’il brandit constamment, dans ses objectifs, sa posture et sa manière d’agir. Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir, c’est bien connu, pour persévérer mais le fait est que c’est ainsi qu’Obama s’était fait élire, en volontariste et homme de dialogue, en idéaliste déterminé à réconcilier les Américains et l’Amérique avec le monde. Il a, donc, toutes les raisons de penser qu’il a des atouts dans ce qu’il est profondément, sincèrement et, outre que son bilan est loin d’être mauvais – on en parlait hier – cette authenticité pourrait bien correspondre, en effet, à une période. A force d’habileté, de triangulations et autres artifices de communication, les hommes politiques ont beaucoup lassé de la politique. Il monte comme une aspiration au vrai, au sérieux, à l’austérité. Obama pourrait bien être, en plus, un précurseur.

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