C’est une coïncidence mais elle est troublante. Alors même que la France et l’Allemagne fêteront demain le 50ième anniversaire du Traité de l’Elysée, de ce traité par lequel elles avaient scellé leur réconciliation et jeté les bases d’un rapprochement essentiel à la construction européenne, les Français sont seuls en guerre au Mali.

Ce n’est pas que l’Allemagne désapprouve cette intervention que la chancelière a au contraire approuvée. Ce n’est pas non plus qu’elle ne la soutiendrait en rien puisqu’elle a mis deux avions de transport à la disposition de la France et apportera un appui financier supplémentaire aux pays africains qui s’engagent dans cette intervention mais ce qui est une priorité pour Paris ne l’est visiblement pas pour Berlin.

Allez vous faire tuer, nous fournirons les infirmières : c’est ainsi que Daniel Cohn-Bendit a résumé la position allemande en s’inquiétant des conclusions que l’opinion française pourrait en tirer mais cette situation est-elle si étonnante et, surtout, tellement dommageable ?

En fait, non.

Il n’y a rien là d’étonnant car, marquée par l’Histoire, l’opinion allemande est tellement pacifiste que la coalition de droite au pouvoir à Berlin n’aurait jamais pu ne serait-ce qu’envisager d’envoyer des troupes au Mali à neuf mois des prochaines élections. C’eut été simplement suicidaire et c’est pour cela que l’Allemagne est dans une posture d’abstention, celle-là même qu’elle avait choisie lors du vote du Conseil de sécurité sur l’intervention en Libye.

Ce serait ignorer ce qu’est l’Allemagne que d’en être surpris. Couple ou pas, chacun de nos pays a sa personnalité propre et ne l’abdiquera pas de sitôt mais faut-il en craindre, alors, une dégradation de leurs relations ?

Si c’était le cas, le divorce aurait été prononcé depuis longtemps car, pour s’en tenir à ces deux exemples, l’Allemagne était totalement atlantiste à l’heure où la France gaulliste affirmait sa singularité au sein du bloc occidental et, lors de l’éclatement yougoslave, les sympathies du chancelier Kohl allaient à la Croatie tandis que François Mitterrand penchait nettement pour la Serbie.

Non seulement nous n’avons ni le même passé ni les mêmes souvenirs historiques et cela compte sans jamais nous avoir séparé mais, en l’occurrence, outre qu’il n’y a pas de divergence de fond, le problème est d’autant moindre que la France n’aurait nul besoin de troupes allemandes à ses côtés.

Nous ne sommes pas lâchés par l’Allemagne puisqu’elle ne nous est pas nécessaire mais cette crise donne à voir, en revanche, deux vrais problèmes. Le premier est que l’Europe n’a ni de forces d’intervention communes ni de moyens militaires européens que l’un de ses pays puisse utiliser avec l’accord de tous. Bien plus criant encore, le second est que l’Europe du Nord n’a pas la même perception que celle du Sud de l’importance qu’il y aurait à bâtir une réelle coopération entre les deux rives de la Méditerranée et, donc, d’aider l’Afrique à se stabiliser et confirmer son décollage. C’est là qu’il y a une vraie différence entre Paris et Belin et elle est, elle, extrêmement dommageable.

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