Il est rare qu’un chef d’état-major des armées, le patron des armées françaises, prenne la plume. Le général de Villiers l’a fait hier dans les colonnes du Monde et son article, titré « Gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix », est à lire absolument.

Prenons le corps du propos. « Une stratégie basée sur les seuls effets militaires, écrit-il, ne pourra jamais agir sur les racines de la violence lorsqu’elles s’ancrent dans le manque d’espoir, d’éducation, de justice, de développement, de gouvernance, de considération ».

Ce n’est pas que Pierre de Villiers soit devenu un pacifiste bêlant. Non, pas du tout, puisqu’il dit croire, au contraire, en « la vertu de la force », ajoute que « la force légitime est indispensable face à la violence » et appelle à « se garder de la tentation du repli sur soi » en expliquant qu’attendre que « nos ennemis viennent à nous, ce serait leur montrer une faiblesse qu’ils exploiterons immédiatement ».

C’est autrement dit sur son terrain qu’il faut s’attaquer à l’adversaire avant qu’il ne s’attaque à nous sur le nôtre. D’où les interventions au Mali, dans l’ensemble du Sahel et, contre Daesh, en Irak et en Syrie mais attention, nous dit-il ! Attention parce que « le temps s’accélère sous la pression de l’information continue » et que « cette accélération s’impose à notre société de façon quasi irrationnelle » alors que « la force a besoin de temps pour produire ses effets ». Attention, parce qu’il « n’y a pas de sécurité sans développement ». Attention, parce que la Défense a un coût, 2% du PIB, niveau qui est aujourd’hui loin d’être atteint.

En creux, avec la retenue qui s’impose à un chef d’état-major des armées, l'objectif de Pierre de Villiers est de rappeler trois évidences essentielles.

La première est qu’on doit et peut gagner la guerre contre le terrorisme mais qu’on ne l’empêchera pas de renaître si l’on ne s’attaque pas parallèlement aux causes de son attrait. L’armée remplit sa mission, dit-il en substance, mais sa victoire restera vaine si la politique, la diplomatie et l’action conjointe des grandes puissances ne recréent pas les conditions économiques et sociales de la paix dans les zones où le terrorisme prend son essor.

C’est un appel à ne pas céder à l’illusion d’une toute-puissance de la force et à penser également politique dans la bataille contre Daesh. La deuxième évidence rappelée par ce militaire est que la guerre est affaire de patience parce nous devons nous garder, écrit-il, d’un « mimétisme face au terrorisme » et qu’une « frappe aveugle ne fera jamais une victoire ni ne viendra à bout d’une folie ou de la misère ». Quant à la troisième évidence, elle est qu’il manque quelques dix milliards à la Défense pour intervenir sur tant de fronts à la fois.

Or ces milliards, la France ne les a pas et, bien que Pierre de Villiers ne le dise pas, c’est pour cela qu’il nous faut enfin, d’urgence, bâtir une Défense commune de l’Union car la menace, elle, est commune.

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