En s'emparant du traité d'Aix-la-Chapelle à coups d'exagérations et de fausses informations, le camp souverainiste lance de fait la campagne des Européennes avec un procès en "trahison mondialiste" à Emmanuel Macron. Il profite de la faible réaction du gouvernement surpris par la tempête sur les réseaux sociaux.

Nicolas Dupont-Aignant et Marine Le Pen le 29 avril 2017, lorsqu’ils étaient alliés pour le second tour de l’élection présidentielle. Aujourd’hui rivaux, ils attaquent séparément le traité d’Aix-la-Chapelle.
Nicolas Dupont-Aignant et Marine Le Pen le 29 avril 2017, lorsqu’ils étaient alliés pour le second tour de l’élection présidentielle. Aujourd’hui rivaux, ils attaquent séparément le traité d’Aix-la-Chapelle. © AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

La polémique autour du traité franco-allemand qui sera signé demain à Aix-la-Chapelle par Emmanuel Macron et Angela Merkel a pris une telle ampleur, qu’elle justifie d’y revenir, et d’en tirer au moins trois enseignements.

Première leçon : la campagne des Européennes de mai prochain est bel et bien lancée, et elle promet d’être rude. Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignant se sont emparés de ce traité, et n’hésitent pas à le pourfendre en ayant recours à une « post-vérité » très en vogue ; c’est-à-dire que la réalité importe moins que les faits alternatifs que l’on assène avec force.

Ils ont décidé de faire de ce texte l’acte d’accusation du procès en « trahison mondialiste » d’Emmanuel Macron. Peu importe qu’il soit faux de dire que l’Alsace et la Lorraine seront « vendues » à l’Allemagne ; ou que, comme l’affirment de concert les deux dirigeants souverainistes, la France s’apprêterait à partager son siège au Conseil de sécurité avec Berlin. Ce n’est pas dans le texte, et la Charte de l’ONU l’interdirait.

L’important est le message de fond qui est distillé : renforcer la coopération avec l’Allemagne, qui est pourtant au cœur de la politique étrangère française depuis un demi-siècle, serait un acte de trahison. C’est paradoxal alors que l’opinion publique y  est largement favorable, mais l’important est de cliver.

Deuxième leçon de cette affaire : le gouvernement a été totalement pris au dépourvu par cette campagne. C’est d’autant plus étonnant qu’il y avait eu en novembre la même désinformation sur le Pacte de Marrakech, et qu’aucune leçon n’en a été tirée. Le texte du traité franco-allemand n’a été mis en ligne que vendredi sur les sites officiels. Après le début de la polémique, donc. Or un texte qui n’est pas disponible est la preuve, à notre époque, qu’on a quelque chose à cacher.

De plus, diffuser un tel texte brut sans un minimum d’explications -qu’y a-t-il de nouveau ? Que se passera-t-il à l’ONU ?...- ne permet pas de contrer des affirmations péremptoires. 

Troisième leçon : dans cette époque de défiance, la politique étrangère doit sortir de son ghetto. Dans de nombreux échanges avec des internautes depuis ma chronique de vendredi, j’ai été interpelé par des citoyens qui ne s’étaient jamais intéressés aux relations franco-allemandes, et qui, dans la quête actuelle de démocratie directe, s’indignaient de ne pas être consultés. Il ne suffit pas de leur répondre que ce traité ne change pas grand-chose en réalité.

Ces internautes s’étonnaient par exemple de découvrir dans le texte que la France et l’Allemagne se promettaient assistance en cas d’agression armée contre l’un ou l’autre ; sans réaliser que c’est déjà le cas depuis des décennies dans le cadre de l’Otan et de l’Union européenne. La France a d’ailleurs activé la solidarité automatique des autres membres de l’UE lors des attentats du 13 novembre 2015. Des rappels qu’il aurait été utile de faire au lecteur profane de ce texte aride.

Il y a suffisamment de raisons de s’indigner dans notre monde pour ne pas en inventer. Mais ça passe assurément par une meilleure information sur les décisions, même celles qui, dans la réalité, tiennent d'abord de la symbolique.

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