Mike Pompeo, le Secrétaire d’État sortant, a accusé la Chine de "génocide" vis-à-vis des Ouïgours ; une accusation grave aussitôt reprise par son successeur démocrate, Antony Blinken, lors d’une audition au Sénat.

Antony Blinken au cours de son audition de confirmation au Sénat américain, mardi 19 janvier 2021.
Antony Blinken au cours de son audition de confirmation au Sénat américain, mardi 19 janvier 2021. © AFP / POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Au milieu de cette étrange transition entre deux époques à Washington, il y a eu un remarquable élément de continuité en politique étrangère. 

Pour son dernier jour au Département d’État, le chef de la diplomatie de Donald Trump, Mike Pompeo, a publié une déclaration accusant la Chine de "génocide" à l’égard des populations ouïgour du Xinjiang. Cela aurait pu rester une ultime attaque sans lendemain de la part d’une administration qui avait fait du régime chinois son adversaire numéro un.

Mais quelques heures plus tard, Antony Blinken, le Secrétaire d’État choisi par Joe Biden, comparaissait devant le Sénat pour être confirmé dans son poste, et a, lui aussi, employé ce mot lourd de sens de "génocide". Blinken a même déclaré que Donald Trump avait eu raison d’adopter une politique plus dure vis-à-vis de la Chine, rare hommage à un homme décrié.

Sur le fond, il y aura donc continuité car il existe un consensus à Washington sur le fait de considérer Pékin comme un adversaire stratégique. Mais c’est sur la forme que l’administration Biden devrait changer, à la fois en créant des alliances pour faire face à la Chine là où Trump était unilatéral, et en maintenant des canaux ouverts de dialogue et de coopération avec Pékin, par exemple sur le climat.

Mais la décision de l’administration sortante, confortée par la déclaration d’Antony Blinken, d’accuser Pékin de "génocide", a des conséquences non négligeables. Génocide ne signifie pas uniquement massacre de masse, comme dans les précédents reconnus, de l’Arménie au Rwanda en passant par les juifs d’Europe ; dans la définition de l’ONU de 1948, on parle aussi d’"atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale" des membres d’un groupe de population, et de "mesures visant à entraver les naissances au sein d’un groupe". 

Or on le sait, la Chine procède à des stérilisations forcées, on l’a entendu au micro de France Inter la semaine dernière avec le témoignage de cette femme ouïgour rescapée d’un camp chinois.

L’administration Biden va devoir définir sa position, car on ne peut pas traiter avec un pays accusé de "génocide" comme si de rien n’était. Or Antony Blinken n’entend pas couper tous les ponts avec la Chine, ce qui le différencie de ses prédécesseurs qui visaient le "découplage" total.

Comment gérer cet équilibrisme dans la relation avec un pays où Tesla vient d’ouvrir une usine, où sont fabriqués les iPhones et autres produits des géants américains, mais qu’on accuse par ailleurs du crime suprême ? Cette question se pose aussi aux Européens, qui viennent de signer un accord controversé sur les investissements avec la Chine, et que l’accusation lancée par Washington va contraindre à se positionner. 

Il est en tous cas remarquable que dans le climat de "rupture" entre les deux Présidents et ce qu’ils incarnent, il y ait cet élément de continuité dans le dossier le plus structurant de notre époque. A Pékin, on a déjà bien compris que le départ de Donald Trump ne signifiait pas la fin de la confrontation entre la superpuisssance dominante, et son challenger chinois.

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