On les qualifie de "frugaux", voire de "radins", Pays-Bas en tête. C'est injuste et c'est surtout mal connaître l'Histoire et les convictions profondes des Néerlandais.

Le tir de barrage contre les Pays-Bas, l'Autriche, Suède Danemark et Finlande fait peine à entendre et, à mon avis, empêche de penser l'Europe. D'abord, on discutait à Bruxelles de 750 milliards d'euros d'emprunts, ça mérite bien 4 gros jours de discussions.  

Ensuite, parlons des Pays-Bas qui ont pris le leadership de ce « club des cinq » frugaux. Les Pays-Bas n'ont pas de leçons européennes à recevoir de l'Allemagne, de la France, de l'Italie ou de l'Espagne. Ils font partie des 6 Etats signataires du traité de Rome.  

Ça ne signifie pas qu'ils ont tout avalé sans discussion : en 2005, ils ont voté non à la Constitution européenne mais... trois jours après la France. Depuis, ils ont tout avalé, tout payé, tout discuté et, en passant, ils ont aussi sauvé l'honneur de l'Europe !  

Un peu d'histoire : les années 90 et les Guerres en ex-Yougoslavie sont un traumatisme pour toute l'Europe mais tout particulièrement pour les Pays-Bas. Le contingent néerlandais a été humilié par les troupes serbo-bosniaques et a dû assister impuissant au massacre de plus de 8000 musulmans bosniaques à Srebrenica. Ils ont réagi avec une rigueur morale exemplaire :  

C'est à La Haye qu'a été installé le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Et ils ont toujours posé leur veto à l'entrée d'une ancienne république Yougoslave dans l'Union européenne tant que les criminels de guerre ne leur étaient pas livrés.  

On doit à leur inflexibilité l'arrestation et les les procès des criminels de guerre serbo-bosniaques Mladic et Karadzic mais aussi, entre autres, le Bosno-croate Slobodan Praljak. Rien que pour cela, nous leur devons un respect infini. Moi je ne l'oublie pas.  

Un Premier ministre, vainqueur de l'extrême-droite
Pour nous rapprocher de ces négociations, essayons de voir qui est Mark Rutte, le 1er ministre néerlandais. Voilà un homme qui, en 2010, a donné à son parti, le Pari libéral, la victoire pour la 1ère fois depuis 1948. Puis encore en 2012 et en 2017...  

Dix ans de pouvoir en continu dans un pays habitué aux élections anticipées et aux coalitions péniblement négociées, qui dit mieux ? Angela Merkel et aussi, il faut le dire, Viktor Orban, mais là... pour de mauvaises raisons.  

Ensuite, voilà un homme politique qui a d'abord associé l'extrême-droite islamophobe de Geert Wilders dans son gouvernement, pour mieux ensuite s'en passer dès 2012 et la battre largement en 2017. Pas mal pour un jeune politique de 53 ans.  

Le libéralisme chevillé à l'histoire commerciale du pays
C'est ce qui l'a fait gagner 3 élections ! De plus, le « laisser-faire ; laisser aller » est une histoire vieille comme la place commerciale d'Amsterdam et portuaire de Rotterdam ! Or qui est depuis toujours l'allié clé de La Haye en Europe ? Le Royaume-Uni.  

Londres c'est le partenaire économique indispensable : Rotterdam est la plateforme d'import-export qui manque à la Grande-Bretagne. Le Brexit est donc une catastrophe pour les Néerlandais.  

Donc lorsque l'Allemagne et la France susurrent qu'il pourrait ne pas y avoir d'accord sur le Brexit, les Néerlandais détestent : ça va à l'encontre de leurs intérêts fondamentaux. Et dans le même temps, on leur demande d'être solidaire avec l'Europe du Sud !  

Mais qui est solidaire avec eux ? L'Allemagne construit des gazoducs avec leur concurrent gazier russe et court-circuite Rotterdam en installant à Duisbourg une plateforme avec la Chine qui pourra, à terme, être connectée par les Balkans au port grec du Pirée.  

On a souvent expliqué, par facilité, que les Pays-Bas se planquaient derrière la Grande-Bretagne mais n'en pensait pas moins. Il n'en est rien. Ce sont des négociateurs acharnés, souvent obstinés, mais ils ont, comme nous, le sens de l'Histoire européenne. On l'a vu ce matin.

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