Il ne sait plus. Devant les attentats palestiniens et les ripostes israéliennes, devant l’embrasement dans l’embrasement que vit aujourd’hui le Proche-Orient, le Président des Etats-Unis ne sait plus que faire. Normalement, c’est cette semaine, hier soir au plus tard, qu’il devait présenter ses propositions pour la reprise d’un processus de négociations. Après des mois de réflexion, de consultations avec Israël et les pays arabes, d’intenses débats aussi au sein même de son équipe, tout était prêt. Georges Bush s’apprêtait à proposer qu’une Conférence internationale entérine, en septembre, la naissance d’un Etat palestinien, admis à l’Onu, reconnu par le monde, Israël compris, mais dont les frontières seraient, dans un premier temps, restées provisoires. L’idée était que cet Etat ait immédiatement autorité sur 40% à 50% de la Cisjordanie, sur cette partie des Territoires occupés que l’Autorité palestinienne contrôle, ou du moins contrôlait, déjà partiellement ou totalement et que des négociations s’ouvrent ensuite, d’Etat à Etat, entre Israël et la Palestine, sur les Territoires restants, Jérusalem et le problème des réfugiés. La démarche n’était pas mauvaise. Il s’agissait de fixer un objectif, deux Etats de part et d’autre des frontières de 1967, mais d’atteindre cet objectif en trois ans - le temps de permettre à l’espoir de paix de s’installer, à la violence de décroître, à la défiance de reculer, le temps aussi que de nouveaux dirigeants palestiniens s’imposent et que le camp de la paix israélien, conforté par ces perspectives de règlement, puisse revenir aux commandes. D’un côté, les Etats-Unis faisaient leur la revendication arabe d’un retour aux frontières de 1967. De l’autre, ils proposaient des étapes, conditionnant les progrès vers les frontières ultimes de la Palestine à un arrêt des attentats et donnant ainsi satisfaction aux Israéliens. Les capitales arabes, Ariel Sharon et les Palestiniens maugréaient, tempêtaient mais tous - la Maison-Blanche en était certaine - auraient accepté ce plan qui permettait aux uns et aux autres de sortir de l’impasse sans renoncer à rien d’essentiel. Tout donc était vissé puis il y eut les dix-neuf morts de mardi matin. Urgent d’attendre, en conclut Georges Bush et au moment même où il croyait pouvoir, malgré tout, énoncer ses propositions, nouveaux attentats, sept morts de plus mercredi soir avant les quatre d’hier soir. Alors que faire ? Le président américain considère, et ce n’est pas faux, que son discours, dans un tel contexte, serait simplement inaudible, irréel, trop loin de la réalité pour être entendu, mais il doit pourtant parler et le sait, pour trois raisons. La première est que les Etats-Unis ne peuvent pas se laisser dicter leur agenda par des groupes terroristes. La deuxième est qu’un Président des Etats-Unis ne doit pas laisser paraître un désarroi. Et la troisième est, naturellement, que l’Amérique ne pourrait pas déclarer forfait sans avouer une impuissance qui susciterait bien des surenchères, chez les Palestiniens, les Israéliens et dans toute la région. La Maison-Blanche est sous pression. Décision sous quelques jours ou quelques heures.

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