On connaît la chanson. Nul doute qu’un vaste chœur ne la réentonne bientôt, à droite, à gauche, en France et ailleurs, lorsqu’on en viendra aux référendums et débats parlementaires sur la ratification de cette Constitution car, même quand l’Europe marque des points, fait un bond comme ce week-end, tout parait autoriser au scepticisme sur son avenir, voire le commander. On dira, à gauche, que tout est perdu puisque les Britanniques ont imposé le maintien de la règle de l’unanimité sur les politiques fiscale et sociale et que l’Union ne pourrait donc pas faire de progrès en ces domaines. On dira à droite, la droite britannique le dit déjà, que les nations sont en péril puisque Constitution il y a et que le champ des décisions prises à la majorité s’étend avec elle. Comme on le disait, avant, de l’euro, on ajoutera, de tous les côtés, que tout cela n’est que château de sable, car tout fragiliserait l’Europe, les douleurs d’enfantement de cette Constitution comme le taux d’abstention aux élections européennes, la mollesse de la croissance économique comme l’actuel blocage sur le choix du futur président de la Commission. Alors, avant qu’on ne réentende, comme toujours, que l’Union n’est pas assez ceci, ou cela, qu’elle n’assure pas, cette gueuse étatiste, cette hyène libérale, l’immédiateté du bonheur universel, trois remarques : La première est un rappel. Il y a deux ans, le couple franco-allemand était décrété mort et enterré. Il y a un an, une irrémédiable fracture s’était, paraît-il, instaurée entre la vieille Europe et la nouvelle. Il y a six mois seulement, le blocage institutionnel était considéré comme irréversible. Il fallait être naïf, disait-on, pour ne pas partager ces certitudes mais elles ont toutes été démenties car, s’il est inévitable, et même sain, que les Européens soient saisis de vertige à chaque nouvelle étape de leur intégration, qu’ils renâclent et brident leur audace, personne ne voudrait, en fait, remettre en question les acquis de la construction européenne, restaurer des frontières, sortir de l’euro, défaire le marché unique. Nous avançons mais en crabe car jamais tant de pays n’ont choisi de s’unir volontairement, démocratiquement, par le compromis permanent entre leurs passés, leurs ambitions et leurs intérêts. Il est donc temps, deuxième remarque, de tempérer cet auto-dénigrement de l’Europe d’un minimum de vision des difficultés et de la grandeur de la tâche, temps de voir, troisième remarque, qu’un immense pas sera franchi du jour où cette Constitution sera ratifiée. L’Europe aura un Président qui lui donnera un visage sur la scène internationale, un ministre des Affaires étrangères à même d’exprimer ses convergences et réduire ses divergences, un Parlement, surtout, co-décisionnaire, avec ses dirigeants nationaux, des lois de l’Union. Ce jour-là, l’Europe s’éloignera de la simple communauté d’Etats qu’elle fut à l’origine pour s’orienter vers le fédéralisme, vers une véritable union dans laquelle la règle de l’unanimité s’effacera devant la loi de la majorité - une double majorité d’Etats et de citoyens, comme dans toute fédération. On n’y est pas ? C’est encore trop frileux ? Oui, bien sûr, et c’est la raison pour laquelle il ne faut pas geindre mais avancer, ratifier la Constitution.

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