Comment comprendre un tel discours ? Alors que l’Irak n’en finit plus de sombrer dans la violence, qu’une majorité d’Américains estime désormais que les Etats-Unis n’auraient jamais dû se risquer dans cette aventure et qu’un influent sénateur républicain, Chuk Hagel, vient de déclarer que l’Amérique était « en train de perdre » cette guerre et que la Maison-Blanche était « complètement déconnectée de la réalité », Condoleezza Rice, comme si de rien n’était, affirmait, hier, au Caire, le soutien de Washington aux « aspirations démocratiques de tous les peuples du Proche-Orient ». Ce n’était pas qu’une pétition de principes. C’était une ode à la démocratie, non seulement lyrique, belle et forte mais aussi musclée, pleine de critiques conte les deux pays de la région les plus proches des Etats-Unis - contre l’Arabie saoudite où il y a, certes des progrès, disait la secrétaire d’Etat, mais où « beaucoup de gens payent d’un prix injuste l’exercice de leurs droits fondamentaux » et contre l’Egypte où il y a également des progrès, disait-elle, mais où « le jour doit venir où la loi remplacera les décrets d’urgence et l’indépendance de la justice la justice arbitraire ». Autant dire que ces progrès n’avaient rien de satisfaisant aux yeux de Condoleezza Rice qui a longuement appelé au respect de droits d’expression, de réunion, de vote et à l’égalité, surtout, entre hommes et femmes en lançant : « La moitié d’une démocratie n’est pas la démocratie ». Il n’y avait rien à redire à ce discours. Il n’y avait même qu’à applaudir la secrétaire d’Etat lorsqu’elle a déclaré : « Durant soixante ans, mon pays, les Etats-Unis, a recherché, dans cette région la stabilité au détriment de la démocratie et nous n’avons obtenu ni l’une ni l’autre ». Bel aveu, oui, belle autocritique, mais, si noble soit-elle, il n’en reste pas moins que, ces erreurs des Etats-Unis ayant été commises, les dictatures pro-américaines ayant décimé les démocrates, si les libertés politiques étaient pleinement respectées maintenant au Proche-Orient, si des élections vraiment libres y étaient organisées, elles mèneraient à peu près partout, sauf en Iran, à la victoire des islamistes et au remplacement des dictatures actuelles par des dictatures religieuses. Alors, question : que veulent les Etats-Unis ? Première hypothèse : ils ne veulent pas voir la réalité ou ignorent que la liberté ne profite pas toujours à ses défenseurs. On peut d’autant moins l’exclure que cette illusion a beaucoup pesé dans la décision d’aller renverser Saddam Hussein mais, précisément cette expérience est faite et Condoleezza Rice a oublié d’être stupide. Alors ? Eh bien, à lire et relire ce texte, l’impression s’impose que les Etats-Unis savent ces régimes condamnés, veulent se démarquer d’eux, prendre fait et cause pour les libertés et la démocratie, investir, en un mot, sur l’avenir, en tablant que les régimes en place le seront encore assez longtemps, malgré tout, pour que le fanatisme des islamistes se tempère, que des forces d’opposition modérées se reconstituent à l’abri de semi-libertés et qu’à l’heure des changements, quand le conflit israélo-palestinien aura été réglé, ils ne se fassent pas forcément au détriment des Etats-Unis. C’est un pari, nullement absurde mais à hauts risques.

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