La Pologne parait s’assouplir. La Grande-Bretagne durcit, au contraire, le ton. Les chefs d’Etat et de gouvernements des 27 ouvrent ainsi, ce soir, leur réunion du Conseil européen sans du tout savoir s’ils parviendront à remettre sur les rails les réformes institutionnelles dont l’Union a tant besoin mais il y a, pourtant, une certitude dans cette foire d’empoigne. Comme toujours dans les moments de crise européenne, le véritable enjeu en est le rapport entre les Etats et l’union qu’ils construisent, le nouveau degré de souveraineté auquel ils doivent volontairement accepter de renoncer au profit de leur souveraineté commune. A chaque étape de la construction européenne le problème s’est posé. La Grande-Bretagne s’est toujours montrée la plus inquiète, ne montant dans le train que lorsqu’il avait démarré, freinant sa marche et refusant constamment, aujourd’hui comme hier, l’extension du nombre de domaines où la seule majorité qualifiée, et non plus l’unanimité, serait nécessaire à une prise de décision commune. Pour Londres, l’Europe est un mal nécessaire, une entreprise qu’elle rejette de toute son âme mais dont elle ne peut rester à l’écart sous peine de voir réduire encore son influence internationale mais elle n’est pas seule dans ce cas. La France elle-même, elle qui a inventé l’Europe, ne l’aime que tant qu’elle est le prolongement de sa culture économique, administrative et politique, une autre France aussi grande que la France se rêve. Son rejet du projet de Constitution n’était pas fondamentalement différent de la politique de la chaise vide pratiquée par le général de Gaulle car, dans les deux cas, elle se cabrait devant l’inéluctable relativisation de son poids propre que comporte toute avancée du processus européen. Parce qu’elles ont été des empires, parce qu’elles furent, avant l’URSS et les Etats-Unis, les deux superpuissances mondiales, la Grande-Bretagne et la France ont de tout temps été les divas capricieuses de l’Europe mais elles ont maintenant un concurrent dans ce rôle. Parce qu’elle se voit enfin en situation de redevenir une puissance européenne après des siècles de partage et de domination, la Pologne, à son tour, joue les empêcheurs de tourner en rond, crispée sur ses droits et sa dignité, la souveraineté en bandoulière. Sans doute – tout le montre – y a-t-il là quelque chose d’inéluctable mais cette fatalité des contretemps qui ont déjà tant coûté à l’Europe ne saurait faire oublier des vérités autrement plus profondes. Pas plus économiquement que politiquement aucune puissance européenne ne peut être plus puissante à elle seule qu’intégrée à une Union toujours plus intégrée. Le choix est entre l’affirmation commune et la régression solitaire, l’helvétisation au mieux, et cette réalité a une conséquence. Plus on décidera ensemble, moins les obscurs marchandages entre Etats seront compris et tolérables et plus la décision devra revenir aux citoyens européens et aux majorités qu’ils enverront au Parlement de l’Union.

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