La Pologne n’en finit plus de se banaliser. Ce pays qui avait été, par excellence, celui du romantisme politique, cette nation qui avait dû, tout au long de son histoire, résister aux empires qui la cernaient et n’avait jamais accepté, après guerre, sa satellisation par l’URSS dont elle avait sonné le glas avec la naissance de Solidarité, premier syndicat indépendant du bloc soviétique, ce pays qui avait été fait de héros aux tempéraments hors norme devient, aujourd’hui, si pondéré, sage et tranquillement conservateur qu’on ne le reconnaît plus et le paysage européen en est changé. La Pologne élisait hier son président. Beaucoup de candidats étaient en lice mais cette élection se jouait entre deux droites, l’une libérale, l’autre traditionaliste. Il y avait, d’un côté, Jaroslaw Kaczynski, idéologue d’un parti, Droit et Justice, qui se réclame d’un catholicisme conservateur et du nationalisme le plus intransigeant et, de l’autre, Bronislaw Komorowski, porte-drapeau d’une formation libérale, la Plateforme civique, majoritaire au Parlement et qui ne jure que par la dérégulation économique. Tout portait ces deux hommes à une violente bataille car, pour être de droite l’un et l’autre, tout les sépare puisque le premier ne pardonne rien à l’Allemagne et à la Russie et se méfie d’une Europe dépravée qui défend les droits des homosexuels tandis que le second veut tourner la page des siècles passés et rejoindre la zone euro. C’était le XXI° siècle contre le XIX° dans un climat d’autant plus émotionnel que Jaroslaw Kaczynski est le frère jumeau du président sortant, mort le 10 avril dernier dans le crash de son avion alors qu’il se rendait en Russie pour un hommage aux officiers polonais assassinés à Katyn sur ordre de Staline. Le pays retenait son souffle mais tandis que le candidat de la Plateforme a ménagé son adversaire endeuillé celui de Droit et Justice s’est totalement recentré. Il a tendu la main à la Russie, s’est confondu en hommages à l’Allemagne contemporaine et n’a pas même pourfendu l’Europe. Au lieu de la collision frontale entre ces deux droites, la Pologne a eu droit à une campagne de bon ton, polie, ennuyeuse, soporifiquement centriste parce que le pays résiste aux crises extérieures et poursuit sa croissance, qu’il est optimiste et ne voit pas de raison de céder à des passions politiques qui lui semblent autrement moins exaltantes que les statistiques attestant de sa bonne forme. Sûre d’elle et de son appartenance à l’Union et à l’Otan, la Pologne n’a plus peur de la Russie. Elle veut de bonnes relations avec tout le continent et cela signifie qu’elle n’est plus à la tête des pays européens qui voulaient tant étendre l’Otan jusqu’aux frontières de la Russie, l’ostraciser et ne surtout pas en faire un partenaire économique de l’Union. Un obstacle historico-psychologique s’est levé à l’organisation du continent Europe autour d’un partenariat entre l’Union et la Russie. C’est une bonne nouvelle, porteuse d’avenir et… Oui! On allait oublier les résultats de ce vote. Il faudra un second tour pour lequel les libéraux – un peu moins libéraux d’ailleurs – sont les mieux placés mais, quel que soit le vainqueur, la Pologne est au centre, des échiquiers et du continent.

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