Dans une crise d’une telle ampleur, la demi-mesure ne fait qu’aggraver les choses. Le président syrien avait le choix. Il pouvait ou bien ne rien dire et continuer à réprimer sauvagement les manifestations auxquelles il se heurte afin de faire comprendre qu’il ne céderait pas ou bien annoncer de vrais changements, immédiats et convaincants. Ces deux options auraient été tout autant risquées l’une que l’autre mais auraient au moins montré que ce pouvoir se sentait encore sûr de lui-même alors que Bachar al-Assad n’a fait, dans son discours d’hier, que s’avouer hésitant et perdu en mêlant menaces et promesses vagues. « Il n’y a pas de solution politique avec ceux qui ont pris les armes », a-t-il lancé en dénonçant un « complot » contre la Syrie et disant qu’il n’y aurait pas de réformes tant que le pays serait en proie au « sabotage » et au « chaos ». C’était dire que la répression se poursuivrait mais, dans le même temps, le président syrien a appelé à un « dialogue national » pouvant déboucher, après des élections législatives au mois d’août, sur des réformes constitutionnelles et même l’abrogation de l’article 8 de la Loi fondamentale qui fait de son parti, le Baas, « le parti dirigeant de l’Etat et de la société », tout comme l’étaient les partis communistes dans les pays du bloc soviétique. C’était dire là que ces réformes sont attendues et légitimes et que lui-même le sait. C’était en quelque sorte donner raison aux manifestants mais, comme il s’est engagé, d’un même souffle, à ne pas cesser de faire tirer sur eux, de nouvelles manifestations ont aussitôt éclaté, notamment à Homs et à Alep, et les réactions internationales ont été plus que sévères. Les Etats-Unis ont demandé des « actes et pas des mots ». Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a estimé que Bachar al-Assad avait « atteint un point de non retour » et qu’il n’y avait « aucune raison de le prendre au sérieux ». Le chef de la diplomatie allemande a vu là « le discours d’un incorrigible qui ne semble pas avoir compris les signes des temps ». Réunis à Bruxelles, les 27 ministres européens des Affaires étrangères se sont mis d’accord sur un prochain renforcement des sanctions économiques contre le régime syrien et ce n’est pas tout. Par la voix de son président lui-même, Abdullah Gül, la Turquie est montée au créneau comme jamais en déplorant qu’il faille « lire entre les lignes de ce discours » et que Bachar al-Assad n’ait pas plutôt « dit haut et fort, d’une manière claire et nette : « Nous passons au pluralisme et allons organiser des élections démocratiques conformes aux normes internationales ». Confronté à un effondrement économique qui est en train de lui aliéner la petite bourgeoisie d’affaires et à un rejet populaire qui ne faiblit pas face aux balles, le régime syrien a pour lui la force armée et le veto que la Chine et la Russie menacent d’opposer à toute résolution du Conseil de sécurité condamnant sa violence. Ce n’est pas rien mais il est frappant que la Turquie qui entretenait de si bonnes relations avec lui s’en démarque toujours plus, ait pris langue avec l’opposition et ne croit plus guère en sa pérennité.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.