Le Président chinois est à Pyongyang quelques jours avant de rencontrer Donald Trump en marge du G20 au Japon. En pleine guerre commerciale avec les États-Unis, ce voyage est une démonstration d’influence, pas un pas vers la dénucléarisation.

Les Sud-Coréens ont suivi à la télévision la rencontre à Pyong Yang du président chinois Xi Jinping et du leader nord-coréen Kim Jong-un.
Les Sud-Coréens ont suivi à la télévision la rencontre à Pyong Yang du président chinois Xi Jinping et du leader nord-coréen Kim Jong-un. © AFP / Jung Yeon-je / AFP

Le jeu diplomatique fonctionne souvent par séquences, dont on ne saisit souvent la logique qu’après coup. Il en va ainsi du dossier de la Corée du nord, au point mort depuis l’échec du sommet d’Hanoi entre Donald Trump et Kim Jong-un, en février dernier, et qui soudain reprend vie.

En quelques jours, le président chinois Xi Jinping aura rencontré le leader nord-coréen à Pyongyang, puis Donald Trump au sommet du G20 au Japon la semaine prochaine, et le président américain se rendra ensuite en Corée du Sud. 

Dans cette agitation, c’est la visite de Xi Jinping en Corée du nord qui intrigue le plus. Ca fait 14 ans qu’un Président chinois n’est pas allé chez son voisin coréen, car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les relations ont longtemps été marquées par la méfiance, voire l’agacement.

Mais c’est différent cette fois : une visite d’État avec tous les honneurs, des foules considérables pour l'accueillir -on parle de 250 000 personnes!- vingt minutes au journal télévisé chinois, et une proximité délibérément affichée.

L’explication du changement de tonalité  tient en un nom : Donald Trump ! Dans cette relation à trois, Xi, Kim et Trump, personne ne maîtrise totalement la règle du jeu, certainement pas le Président américain qui improvise sa politique coréenne en avançant.

La question essentielle est de savoir si le Président chinois s’est rendu en Corée du nord pour faciliter un accord de dénucléarisation, ou s’il s’agissait au contraire de consolider une zone d’influence chinoise ; en d’autres termes, instaurer une pax sinica en Asie du Nord-Est, face à une Amérique qui reste la première puissance politique et militaire d’Asie.

En pleine guerre commerciale avec Donald trump, et à la veille de son importante rencontre avec le Président américain à Osaka la semaine prochaine, Xi Jinping a tout à gagner à faire une démonstration de son influence et de sa puissance. Surtout après les manifestations monstre de Hong Kong qui ont sérieusement entamé son image de leader tout puissant.

Il ne faut toutefois pas s’attendre à un accord sur le nucléaire nord-coréen à court terme. La Chine partage avec les États-Unis une certaine inquiétude face à la possession de l’arme atomique par une Corée du nord hors de tout cadre de légalité internationale.

Mais dans le grand jeu d’influence régional et international actuel, la Chine n’a aucun intérêt à tordre le bras à la Corée du nord. Au contraire, Pékin a tout avantage à la prendre sous son aile protectrice, à la guider sur la voie d’un développement économique à la chinoise, loin de l’orbite américaine.

La réalité est que, dans ce contexte, personne n’est aujourd’hui en mesure de contraindre la Corée du nord à dénucléariser. Et certainement pas Donald Trump dont l’histoire d’amour avec Kim Jong-un est aujourd’hui contrariée par le rival chinois. 

De quoi compliquer un peu plus le prochain Sommet Xi Jinping – Donald Trump, qui va prendre l’allure d’un grand déballage, dans lequel on trouvera pêle-mêle commerce, technologie …et Corée du nord.

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