Nous ne sommes qu’au mois de mai. Les élections législatives américaines n’auront lieu que dans six mois, début novembre, mais le monde doit se résigner à être suspendu à cette date, décisive pour Georges Bush. Pour ne pas reculer encore au Sénat, pour ne pas perdre la majorité à la Chambre des représentants, pour ne pas mal entamer la seconde moitié de son mandat et pouvoir en faire un autre, le président américain avait déjà, en deux mois de temps, imposé des droits de douane de 30% sur les importations d’acier et promulgué une loi augmentant de 80% les subventions agricoles. Georges Bush avait violé, par là, non seulement son credo libéral mais aussi les accords sur la libéralisation du commerce international que son pays a promus et signés. C’est gênant mais la puissance des Etats-Unis est telle qu’ils peuvent se permettre de risquer une guerre commerciale avec l’Europe et une remontée du protectionnisme dès lors que les Etats agricoles et ceux de la sidérurgie pèseront lourd dans ces élections de novembre. Pour gagner des voix, Georges Bush avait déjà fait passer la politique intérieure américaine avant la stabilité de l’économie mondiale mais il vient, hier, de faire bien pire encore. Hier, Georges Bush a brisé une chance historique de permettre aux Cubains de sortir par étapes et sans trop de casse du communisme et cela pour la seule raison qu’il doit, à tout prix, assurer la réélection de son frère Jeb au poste de gouverneur de Floride. Quel rapport ? Aussi simple que l’arithmétique électorale. C’est en Floride que s’étaient jouées les présidentielles de novembre 2000. C’est dans cet Etat qu’on avait compté et recompté les voix jusqu’à ce que la Cour suprême accorde la majorité aux Républicains. Si Jeb n’était pas réélu gouverneur en novembre prochain, si la candidate démocrate l’emportait, il y aurait donc fort à parier que Georges perde, à son tour, la Floride en 2004 ce qui limiterait sérieusement ses chances de ne pas devoir, lui aussi, céder la place. Or la Floride, c’est le deuxième Cuba, la terre d’exil des réfugiés qui avaient fui le régime communiste, le bastion d’un puissant lobby qui rêve depuis quatre décennies de renverser Castro par la force. Alors, à la guerre comme à la guerre, Georges Bush a juré hier qu’il ne lèverait pas l’embargo économique contre Cuba tant que Castro, ce « tyran », ce « dictateur » n’aurait pas organisé des élections libres et libéralisé l’économie cubaine. Fidel Castro a 75 ans. Son régime prend l’eau. La crise et si grave qu’il avait invité la semaine dernière Jimmy Carter pour tenter d’amorcer une négociation avec les Etats-Unis. Son désir de trouver un arrangement était si évident qu’il avait laissé l’ancien président américain s’exprimer à la télévision, en espagnol, pour y prôner la démocratie et se faire l’écho – plus spectaculaire encore – d’un pétition de dissidents demandant l’instauration des libertés politiques. Quelque chose allait changer à Cuba, lentement, partiellement, mais changer et Jimmy Carter avait publiquement souhaité la levée de l’embargo pour accompagner une transition. L’espoir était là mais Georges Bush l’a foulé aux pieds parce que Jeb, novembre 2002, novembre 2004 - car lorsqu’un seul pays domine le monde, sa politique intérieure a plus d’importance que le monde.

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