Il y a du compromis dans l’air. demain ou après demain, la France, l’Allemagne, la Russie, les Etats-Unis, l’ensemble du Conseil de sécurité pourraient adopter, à l’unanimité, une résolution sur l’après-guerre irakien. Rien n’est encore sûr mais la certitude est qu’on le souhaite de tous les côtés, qu’il y a une volonté politique d’y parvenir et, cela, pour trois raisons. La première est que les Américains commencent à voir qu’ils n’auront pas la partie facile en Irak et dans le monde arabe. En Irak, la remise en marche du pays est lente. Rien ne fonctionne. L’insécurité demeure. Les courants politiques s’affrontent. Les trois communautés irakiennes poursuivent, chacune, leurs objectifs propres. Les Kurdes veulent affirmer leur autonomie, les chiites se faire reconnaître un rôle à la mesure de la majorité qu’ils composent. Les sunnites voudraient conserver une partie de l’influence qu’ils avaient sous le précédent régime. Bref, c’est la foire d’empoigne sur fond de chaos rampant et la situation n’est pas plus brillante, voire plus incertaine encore, autour de l’Irak. Les attentats déjà commis en Arabie saoudite, en Israël et au Maroc, ceux qui risquent, surtout, de suivre à chaque instant, déstabilisent non seulement le Proche-Orient mais aussi le Maghreb, deux régions déjà fragiles. Désormais en charge de tout le monde arabo-musulman, contraints de faire face aux défis qu’ils se sont créés, les Américains vont avoir tant à faire qu’ils se montrent moins cassants, c’est relatif mais notable, avec leurs alliés et l’Onu. D’abord présenté comme à prendre ou à laisser, leur projet de résolution sur l’Irak a donc a donc été, petit à petit, débarrassé de ses points les moins acceptables. Le représentant de l’Onu à Bagdad aurait à y jouer un rôle plus moins inexistant. La gestion du pétrole ne relèverait plus du seul contrôle américain. L’autorité que les Etats-Unis se verraient reconnaître ne serait plus automatiquement renouvelable, d’année en année. Ce n’est pas encore parfait mais, outre que Washington ne ferme pas la porte à de nouvelles améliorations, tout pousse, dans ces conditions, la France à ne pas claquer la porte au nez des Américains et voter « oui ». Elle s’apprête à le faire, exclue, en tout cas, un veto, car il y a, là, une occasion de remettre progressivement l’Onu en selle, que l’Allemagne et la Russie souhaitent calmer le jeu avec les Etats-Unis et qu’elles sont, en même temps, décidées à continuer d’agir avec la France pour peu qu’elle fasse preuve de souplesse. C’est ensemble, à Paris, que les ministres allemand, français et russe des Affaires étrangères salueront ainsi, ce soir, le compromis trouvé à Washington ou, si nécessaire, y mettront la dernière main. Moins intransigeant face à une Amérique qui ne l’est plus autant, l’axe Paris-Berlin-Moscou s’inscrit dans le paysage international, se maintient, s’installe. La France est soucieuse de le préserver et, troisième raison de ce climat de compromis, les Français veulent maintenant faire progresser l’affirmation européenne, c’est leur priorité, rallier le plus possible de pays de l’Union au projet de défense européenne. Si la France veut y arriver, il lui faut ne pas faire peur à ses partenaires, les rassurer, détendre et non pas tendre ses relations avec l’Amérique.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.