C’est l’exception de l’actualité internationale, une belle histoire dans un océan de drames. Il y a dix jours, au terme des trois semaines de scrutin nécessitées par l’étendue de ce pays continent, l’Inde renvoie dans l’opposition les nationalistes au pouvoir et rappelle aux commandes le parti de Gandhi et de Nehru, le Congrès, la formation qui l’avait menée à l’indépendance et gouvernée pendant près d’un demi-siècle. C’est le premier acte, un triomphe de la tolérance sur le fanatisme religieux et du souci d’équité sociale sur l’égoïsme des nantis. Personne, et surtout pas en Inde, n’avait prévu ce retour du Congrès. Avec 8% de croissance économique et une classe moyenne en pleine ascension dans les grandes villes, la victoire des nationalistes semblait acquise mais l’Inde est une démocratie, une vraie, un homme, une voix. Tandis que, dans les grands centres urbains, les plus diplômés et les plus anglophones profitaient de la libéralisation et de l’ouverture économiques, un tiers du milliard d’Indiens continuaient de vivre dans la plus absolue des misères, abandonnés à leur sort sur les trottoirs de la richesse ou dans des villages sans eau potable ni routes. « L’Inde qui brille », « The shining India », le slogan des nationalistes, n’était, pour eux, qu’un moquerie, qu’une insulte et, parallèlement, toute une partie de la classe moyenne ne voulait plus de cette haine des minorités, musulmane et chrétienne, dont la majorité sortante avait fait son fond de commerce pour s’attirer le soutien des plus déshérités. La morale et la raison avaient repris là ses droits mais vint alors le second acte. La femme qui avait conduit le Congrès à la victoire, Sonia Gandhi, est italienne, et catholique, de naissance. Veuve de Rajiv, le Premier ministre assassiné en 1991, belle-fille d’Indira, autre Premier ministre également assassiné en 1984, Sonia est indienne depuis vingt ans, parle hindi, dirige le Congrès depuis la mort de son mari mais sa victoire électorale n’était pas acquise que les nationalistes défaits annonçaient qu’ils boycotteraient sa cérémonie d’investiture et lançaient une campagne contre cette « étrangère » qui allait diriger le pays. Un faux débat, xénophobe et religieux menaçait de diviser le pays, de tout biaiser, d’empoisonner la vie politique. Déjà les passions s’enflammaient, celles des nationalistes comme celles des partisans du Congrès, ulcérés par ce racisme et cette démagogie. Sonia Gandhi a longuement réfléchi, pesé le pour, le contre et finalement décidé de ne pas postuler au poste de Premier ministre pour ne pas être un obstacle aux changements que son parti espère impulser. Son prestige en a été décuplé. Même les nationalistes ont du s’incliner devant cette hauteur de vue. Le Congrès et toute l’Inde ont remporté là une victoire morale et, demain, c’est un économiste, unanimement respecté en Inde et dans le monde, Manmohan Singh qui devrait prendre les rênes du gouvernement. Il sera le premier Sikh à gouverner l’Inde, le premier représentant d’une minorité à devenir Premier ministre. Les hindouistes ont évincé une Italienne mais, là, ils n’ont rien osé dire.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.