Bernard Kouchner ne perd pas de temps. C’est au lendemain même de son arrivée au Quai d’Orsay, dès samedi, qu’il a tenu une réunion sur le Darfour dont il entend faire l’une de ses « priorités ». Le contraire eut été étonnant car, avec 200 000 meurtres en quatre ans, deux millions de réfugiés et des répercussions régionales toujours plus inquiétantes, cette crise ne pouvait pas laisser indifférent le promoteur de l’ingérence humanitaire. Mobilisé de longue date par cette cause, il avait conduit le candidat Sarkozy à s’y intéresser mais la complexité de ce dossier n’est pas moins grande que son urgence. Deux fois plus étendu que le Royaume-Uni, le Darfour est une région du nord-ouest du Soudan, pays d’Afrique lui-même grand comme cinq fois la France. Aujourd’hui très divisés, des groupes rebelles s’y sont formés en 2003 pour protester contre le peu d’attention que prêtait Khartoum, la capitale, au développement de la région. Leur but est d’obtenir plus d’autonomie pour le Darfour, voir un droit à l’autodétermination, comme a réussi à le faire le sud chrétien à l’issue d’une longue révolte. Le pouvoir central ne veut pas en entendre parler. A ses yeux, c’est l’unité du pays qui est en cause et il a, en conséquence, armé des groupes de cavaliers arabes, les Djandjawids, avant de les déchaîner contre les paysans noirs des riches terres du Darfour que ces nomades convoitent depuis toujours. C’est ainsi que la violence s’est déchaînée. Les liens entre Khartoum et les Djandjawids sont tellement évidents que le procureur de la Cour pénale internationale a simultanément demandé, il y a trois mois, l’ouverture de poursuites contre l’un des chefs de ces bandes et un ancien secrétaire d’Etat soudanais mais, inculpations ou pas, Khartoum ne laissera pas cette province lui échapper. Le Soudan est isolé, l’émotion internationale générale. Le gouvernement américain est en première ligne car les élus noirs du Congrès le pressent d’agir et que l’opinion est sensible à ce drame que dénoncent les organisations chrétiennes après avoir soutenu la révolte du Sud. Même la Chine, qui a de gros intérêts pétroliers au Soudan, voudrait voir cesser ces tueries car elle ne veut pas compromettre ses relations avec le reste de l’Afrique mais que peut le monde et que pourrait la France ? Bernard Kouchner souhaiterait l’intervention d’une force constituée par l’Onu et l’Organisation de l’unité africaine qui a déjà 7000 hommes sur place mais l’Onu pourrait difficilement intervenir sans l’aval de Khartoum, ses troupes devraient être extrêmement nombreuses pour avoir une chance de rétablir l’ordre dans un si grand pays et une intervention déboucherait, surtout, sur un dilemme politique. Faudrait-il alors aider le Soudan à remettre la main sur sa province ? Favoriser une sécession comme au Kosovo? Travailler à un compromis mais, alors, lequel ? C’est à son honneur mais Bernard Kouchner n’a pas choisi la facilité.

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