Entre Hillary Clinton et Barack Obama, rien n’a changé, hier, mais tout change. La première a remporté la primaire du Kentucky. Son avance y est si nette, plus de trente points, qu’elle a aussitôt pu déclarer qu’elle continuerait à se battre jusqu’à ce que les Démocrates aient choisi leur candidat, « quelle qu’elle soit », a-t-elle dit, « whoever she may be ». Le second est arrivé, lui, en tête dans l’Oregon. Il y a gagné d'une dizaine de points, mieux que prévu et, avec le paquet de nouveaux délégués que la proportionnelle lui donne dans ces deux Etats, il devance maintenant si largement la sénatrice de New York en voix assurées à la convention, qu’il s’est estimé « à portée » de l’investiture démocrate. La formule avait été pesée. Barack Obama n’a pas voulu s’autoproclamer vainqueur pour ne pas paraître arrogant, pour ne pas sembler vouloir forcer un retrait de l’ancienne Première dame, mais c’est en Iowa, théâtre de sa première victoire, là où il avait percé, qu’il est allé faire cette proclamation et ce lieu disait tout. La boucle est bouclée, a-t-il ainsi fait comprendre. Sauf dérapage, ce jeune sénateur de père kenyan et de mère américaine a, c'est vrai, toute chance de porter les couleurs démocrates en novembre et le candidat républicain, John McCain, concentre déjà sur lui tous ses tirs. En Floride, hier, à Miami, là où vivent l’essentiel des exilés cubains, il l’a accusé de vouloir renouer avec le régime castriste et alléger l’embargo avant que la démocratie n’y soit rétablie. Il a fait huer Barack Obama en présentant comme trop souple sur le communisme, too soft on communism, comme on disait durant la Guerre froide. Quelques jours plus tôt, il l’avait dépeint en trop souple sur le terrorisme en lançant : « Nous avons besoin de changement en Amérique mais pas de ce genre de changement qui attire des compliments du Hamas, sonne la reddition en Irak et ouvre des conversations inconditionnelles avec le président iranien Ahmadinejad ». Si les primaires ne sont pas achevées, la présidentielle est ouverte et la stratégie républicaine est claire. Leur point faible étant la politique étrangère, c’est là-dessus que les Républicains attaquent, préventivement, dénonçant la diplomatie qu’ils prêtent à Barack Obama, tentant de le placer sur la défensive en ce domaine afin d’enrayer son offensive sur le bilan international de Georges Bush. Réponse du sénateur : « Si vous continuez à faire encore et encore la même chose est que cela ne marche pas, alors il faut que vous commenciez, à un moment donné, à faire quelque chose de neuf. Les Américains, poursuit-il, vont voir l’évidence. On n’a pas le sentiment qu’il y ait eu de la sagesse dans cette politique étrangère, que cette politique étrangère ait été intelligente, que cette politique étrangère ait été ferme ». Défiant toutes les lois électorales, Barack Obama veut vendre de l’intelligence. Il ne recule pas même devant la sophistication, expliquant que ce n’est pas avec Ahmadinejad qu’il souhaite parler car il n’est pas, dit-il, le plus influent à Téhéran.

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