Il est l’abri des poursuites. La loi qu’il avait fait adopter en octobre dernier lui assure l'immunité pour le temps de son mandat mais les Italiens ne viennent pas moins d’apprendre que leur président du Conseil, Silvio Berlusconi, avait corrompu l’un de ses anciens avocats britanniques, lui avait versé 600 000 dollars en échange de faux témoignages sur des placements de sa société, la Fininvest, dans des paradis fiscaux. C’est écrit, noir sur blanc dans les attendus du jugement prononcé contre l’avocat qui n’était pas, lui, à l’abri des poursuites et comment réagit le président du Conseil ? Non, non, il ne démissionne pas. Ce n’est pas son genre. Il n’est pas homme à penser qu’aucune accusation ne doive même vous effleurer lorsqu’on occupe une si haute fonction. Non. Il tire à vue contre ce « énième jugement scandaleux », rendu, dit-il, par « des juges rouges », complices d’une opposition « déconfite » et d’une presse qui « devrait avoir honte ». Cette presse que dénonce Silvio Berlusconi n’est pas la télévision. Propriétaire de trois chaînes privées et très attentif, comme président du Conseil, à tout ce qui se dit et se fait sur les chaînes publiques, il n’a pas de problèmes avec les petits écrans. Ce n’est pas même la presse écrite, généralement parlant, qui l’irrite mais la Repubblica, l’un des deux plus grands journaux italiens. Quotidien de centre gauche, ce journal avait eu l’audace, le culot, l’infamie de lui adresser, la semaine dernière, une liste de questions, parfaitement courtoises mais très précises, à la suite de la demande de divorce de sa femme qui lui a publiquement reproché de trop aimer les jeunes filles mineures et les starlettes dont il veut faire des députés européens. Silvio Berlusconi a refusé de répondre à ces dix questions, centrées sur très jeune et, désormais, très célèbre Noemi Letizia, mais la Repubblica les a pourtant publiées, accompagnées d’un relevé de contradictions dans les déclarations du Cavaliere, comme on l’appelle en Italie. Communiqué de la présidence du Conseil puis protestations d’indignation personnelle, Silvio Berlusconi a aussitôt dénoncé, dans ces questions auxquelles il lui aurait suffi de répondre, « des attaques de bas niveau qui ne font que confirmer l’absolu manque d’arguments politiques concrets de ce journal et de son camp politique ». « Les Italiens sont avec moi, avec moi », a martelé Silvio Berlusconi qui, là encore, se dit ainsi victime d’un complot rouge. On finirait presque - à tort mais c’est un fait - par s’y habituer mais le problème est que l’homme le plus riche et le plus puissant d’Italie ne s’en est pas pris qu’à la Repubblica mais également à son propriétaire, Carlo de Benedetti, accusé de participer à cette « campagne de dénigrement ». Il y avait là une menace, implicite mais parfaitement claire et inquiétante, de déstabilisation financière. On sort du grotesque pour friser la République bananière, évolution dont le Times de Londres vient de s’alarmer dans un éditorial particulièrement sévère.

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