Ce qu’on retient n’est pas forcément ce qui se passe. De ce grand tintamarre fait de mouvements des bourses et des monnaies, de différences d’intonation à Paris et Berlin et de déferlement de rigueur sur toutes les capitales européennes, on retient que l’euro serait en danger, l’Union proche de se déliter et l’Europe au bord de la faillite. La confusion est telle que tout le laisse croire et qu’on ne peut, bien sûr, pas l’exclure à terme mais, pour l’heure et pour longtemps, ce n’est pas le cas. Ce qui se passe, c’est que l’Union cherche à relever les défis du moment, qu’une nouvelle Union est en train de naître et que l’accouchement est difficile. Tout vient de ce qu’en quelques mois, les investisseurs, grandes sociétés et banques, surtout, qui collectent et placent l’épargne, ont réalisé non seulement que l’endettement de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de la Grande-Bretagne était devenu vertigineux mais que toute l’Europe s’était endettée pour parer le krach de Wall Street et que ces nouvelles dettes s’étaient ajoutées à celles que les Européens accumulent depuis des décennies. Les prêteurs ont tout simplement pris peur pour leur argent, la spéculation s’en est mêlée et, dans cette tourmente financière qui bat son plein, les gouvernements comme les « marchés », car c’est ainsi qu’on dit, ont compris ce que la France était à peu près seule à dire jusque là, que l’Union avait une monnaie unique mais pas de politiques communes, qu’il n’y avait personne d’autre aux manettes que d’interminables sommets à 27, que l’Europe n’était pas à même de faire face à un orage et qu’elle en était, donc, politiquement faible et d’autant plus inquiétante. Le paradoxe est que les marchés ont non seulement mis le doigt sur de vrais problèmes d’endettement mais qu’ils ont également suscité, eux qui ont tellement horreur des Etats et des réglementations, un besoin de politique et de gouvernement commun de l’Union. C’est une très bonne chose. On en vient, enfin, aux évidences mais la soudaineté de ce besoin de politiques communes provoque – et c’est heureux – de chauds débats sur la manière d’organiser ces politiques qui n’étaient pas prévues par les traités et sur leur nature même, sur les choix autrement dit, qu’elles impliquent. En Allemagne, où l’on n’a pas oublié que c’est largement l’inflation de la fin des années 20 qui avait permis l’élection d’Hitler, on panique devant les nouveaux endettements que demande l’organisation de la solidarité européenne et, pour vendre cette solidarité à son pays, la chancelière est amenée, à la fois, à exiger un assainissement immédiat de tous les comptes publics européens pour apaiser sa droite et à prendre, dans l’urgence, pour apaiser sa gauche, des mesures de régulation des marchés qui les affolent. Bousculés, sidérés, les autres Européens, freinent des quatre fers sur ces deux chemins à la fois. La confusion s’approfondit dans une crainte générale, exprimée hier par le patron du FMI, que tant de rigueur ne casse la reprise. Ca tangue, et trop fort, mais le fait fondamental, prometteur, est que l’Europe se cherche des politiques communes, se dispute sur leur contenu, que la politique et le débat politique se saisissent, sous nos yeux, des commandes de l’Union.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.