La coalition arabo-occidentale mobilisée contre les jihadistes de l’Etat islamique réunira ses représentants mardi 2 juin à Paris. Ce ne devait être qu’une réunion de routine, en quelque sorte statutaire et prévue de longue date, mais le fait est qu’elle se tiendra après deux victoires des jihadistes, en Syrie où ils se sont maintenant emparés de Palmyre et des trésors de sa cité antique et en Irak où ils contrôlent la grande ville de Ramadi depuis le week-end dernier.

L’Etat islamique est en train de réaliser son ambition première qui est de créer un Etat sunnite à cheval sur l’Irak et la Syrie. C’est sur un double constat d’échec que les représentants de la coalition vont se retrouver à Paris dans moins de deux semaines et ils y auront à faire face à deux grandes difficultés.

L’une, la plus préoccupante, est que le gouvernement irakien, un exécutif dominé par la majorité chiite du pays, n’a toujours pas su ni voulu, en fait, donner assez de garanties à la minorité sunnite pour qu’elle se sente sûre de ses droits en Irak. Le résultat en est que les sunnites irakiens, qui sont pourtant loin d’adhérer au fanatisme religieux de l’Etat islamique, laissent la main libre à cette organisation dans les régions où ils sont majoritaires et la préfèrent encore, ente deux maux, à l’Etat irakien dans lequel ils ne voient, et non sans raisons, qu’un instrument de la majorité chiite.

Les représentants irakiens à cette conférence de Paris seront ainsi sommés d’assez rassurer les sunnites sur leur place en Irak pour les éloigner de l’Etat islamique et les mobiliser contre lui. Les représentants irakiens en seront pressés par les Occidentaux et, notamment, par la France mais le problème est que, bien au-delà de l’Etat islamique, de sa barbarie et des métastases qu’il répand jusqu’en Afrique et dans les banlieues européennes, ce qui se joue aujourd’hui en Irak est le rapport de forces entre les deux grandes religions de l’islam, le chiisme et le sunnisme, et leurs champions respectifs que sont l’Iran et l’Arabie saoudite.

Les Occidentaux sont mobilisés contre une barbarie qui les horrifie et les menace jusque sur leurs terres mais le gouvernement irakien défend, lui, la prééminence des chiites sur les sunnites tandis que les sunnites et l’Etat islamique luttent, eux, contre deux pouvoirs alliés de l’Iran chiite, le pouvoir irakien qui s’appuie sur une majorité chiite et le pouvoir syrien issu de la minorité alaouite qui est une branche du chiisme.

C’est cette guerre entre les deux islam qui transcende aujourd’hui tout et la deuxième difficulté est que l’Iran, acteur essentiel de cette bataille, bastion du chiisme et allié des pouvoirs irakien et syrien, ne sera pas présent à cette réunion de Paris parce qu’il ne fait pas partie de la coalition luttant contre l’Etat islamique pour la bonne raison que l’Arabie saoudite et l’ensemble des pays sunnites le regardent comme leur adversaire principal, le combattent au Yémen et ne voudraient donc pas de lui dans la coalition.

Or, sans l’Iran, seul pays prêt à engager des troupes au sol contre l’Etat islamique, les jihadistes ne seront pas battus mais contenus au mieux et l’utilité de cette réunion de Paris sera donc très limitée.

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