Google, qui équipe de son système d’exploitation Android les smartphones Huawei, a annoncé la fin de ses services au fabricant chinois, pénalisant des millions de consommateurs. Avant de recevoir un sursis de trois mois de Donald Trump, qui fait ainsi pression sur Xi Jinping. Un jeu dangereux.

Le logo de la marque chinoise Huawei, dans le collimateur de Donald Trump.
Le logo de la marque chinoise Huawei, dans le collimateur de Donald Trump. © AFP / WANG ZHAO / AFP

Vous ne pensiez pas qu’en achetant un smartphone de la marque chinoise Huawei, vous vous trouveriez en première ligne dans la nouvelle guerre froide sino-américaine. C’est pourtant ce qui arrive à des dizaines de millions de consommateurs à travers le monde, emportés depuis hier dans le conflit croissant entre les deux géants.

Huawei, numéro un mondial pour les ventes de smartphones cette année, utilise le système d’exploitation Android, développé par l’Américain Google. Or Google a annoncé hier qu’en application du décret signé par Donald Trump, il ne fournirait plus de service à Huawei. Ca signifiait que les prochaines mises à jour du système ne seront plus accessibles, rendant votre téléphone progressivement obsolète. D’autres fournisseurs non-chinois de composants électroniques, ont eux aussi annoncé qu’ils ne pouvaient plus assurer leurs livraisons à Huawei.

Mais voilà, 24 heures après avoir affolé la planète, les consommateurs comme les Bourses en panique, Donald Trump a annoncé qu’il offrait un répit à Huawei : il suspend pour trois mois sa propre mesure. L’objectif est clair : montrer les dégâts qu’il peut infliger à une entreprise majeure, puis se montrer grand seigneur juste après l’arrêt de mort.

Le Président américain veut obtenir de son homologue chinois Xi Jinping qu’il accepte ses conditions pour mettre fin à la guerre commerciale. Donald Trump pensait tenir un accord, et accuse les Chinois d’avoir changé d’avis in extremis. Il fait monter la pression avant une possible rencontre avec Xi Jinping fin juin au Japon.

Mais même s’il remporte finalement la victoire, elle risque d’être de courte vue. L’impact de la menace contre Huawei risque d’être profond car il vise une certaine mondialisation économique. Aujourd’hui, la plupart de nos objets sont constitués de composants venus de différents endroits, avec des chaines logistiques complexes. 36% de composants américains en moyenne pour Huawei.

Dans tous les débats internes à la Chine depuis le début de cette crise, le maître mot est désormais l’autosuffisance. La Chine a accéléré ses investissements pour ne plus dépendre des États-Unis et de leurs alliés pour ses composants essentiels, en particuliers les micro-processeurs sur lesquels elle accuse un certain retard. Elle dépense aujourd’hui plus en importations de micro-processeurs qu’en pétrole.

La Chine n’a pas les moyens immédiats de cette autosuffisance, mais la direction du Parti communiste chinois semble prête à payer le prix des difficultés passagères que le pays va traverser. 

Très symboliquement, Xi Jinping a visité hier le point de départ de la Longue Marche de Mao Zedong en 1934 : cette épopée mythique était en fait une retraite de l’armée rouge en difficultés. Mao perdit 90% de ses hommes, mais ce recul lui permit de survivre et de conquérir le pouvoir. On voit bien le message, il parle au nationalisme chinois. 

Tout aussi symboliquement, il a également visité une installation de traitement de terres rares, ces métaux stratégiques dont la Chine domine le marché mondial ; un avertissement sans ambiguïtés.

A terme, on risque donc bien d’assister à un schisme technologique, il faudra choisir entre un monde américain et un monde chinois. On aurait aimé entendre les candidats aux Européennes sur ce sujet vital, sur lequel l’Europe, il faut bien le dire, s’est laissée distancier.

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