Du Mexique au Chili, du Brésil au Pérou, le continent latino-américain est durement frappé à son tour par le coronavirus, exacerbant ses inégalités sociales et sa fragilité économique.

Manifestants dans le quartier populaire de La Pintana, à Santiago du Chili, réclamant une aide du gouvernement après de nouvelles mesures de confinement. Des affrontements ont eu lieu avec la police.
Manifestants dans le quartier populaire de La Pintana, à Santiago du Chili, réclamant une aide du gouvernement après de nouvelles mesures de confinement. Des affrontements ont eu lieu avec la police. © AFP / MARTIN BERNETTI / AFP

Le rythme de la pandémie se poursuit inexorablement. Tandis que l’Europe déconfine, que les États-Unis hésitent, c’est le tour de l’Amérique latine. C’est comme ça depuis le début de l’année, telle une vague, l’épidémie frappe un continent, puis passe au suivant.

Le coronavirus est arrivé en Amérique latine fin février -un premier cas recensé au Brésil, un voyageur revenu d’Italie-, mais l’épidémie a mis du temps avant de gagner tous les pays du continent sans exception, et de commencer à faire des ravages.

Et comme partout, la pandémie sert de révélateur des fragilités connues ou inconnues des sociétés. En Amérique latine, sans surprise, ce sont les inégalités criantes qui sont exacerbées par le coronavirus et par les catastrophes qu’il provoque. Les plus pauvres sont durement frappés, et les systèmes de santé payent un sous-investissement criant.

Au Chili, en crise sociale depuis des mois avant le début de l’épidémie, des émeutes de la faim se sont produites à l’annonce d’un confinement de la région de la capitale. Une première vague de restrictions en mars avait pris fin trop tôt, suivie d’une reprise des contaminations ; mais dans les quartiers populaires, ce fut l’explosion. Des affrontements ont opposé la police à la population réclamant une aide alimentaire. 

Le pays le plus vaste et le plus peuplé, le Brésil, est le principal foyer de la pandémie en Amérique latine, il est même devenu le troisième au monde, après les États-Unis et la Russie, avec 300.000 cas et 20 000 morts.

Au Brésil, évidemment, il y a le facteur Bolsonaro, ce Président très « trumpien », d’abord dans le déni, et qui s’oppose aux mesures de confinement prises par les gouverneurs et les maires. Il prend fait et cause pour les manifestants anti-confinement, et a perdu deux ministres de la Santé en quelques semaines. Son mimétisme de Donald Trump l’amène à faire la promotion de l’hydroxychloroquine, ajoutant un commentaire personnel : « les gens de droite prennent de l’hydroxycholoroquine », a-t-il dit en guise de provocation.

L’irruption du covid-19 n’a pas été bénéfique aux chefs d’État populistes, de droite comme de gauche. Au Mexique, le président de gauche, « AMLO », Andres Manuel Lopez Obrador, a plusieurs fois annoncé que l’épidémie était terminée, et a poussé à la reprise de la production industrielle pour répondre aux demandes des États-Unis. Mais une ONG mexicaine affirme que le nombre de morts réel est quatre fois supérieur au chiffre officiel.

La crise économique frappe aussi le continent, et sévèrement. L’Argentine était déjà en crise profonde, et le coronavirus lui donne le coup de grâce : elle sera demain en cessation de paiements pour la neuvième fois de son histoire.

Au Pérou, le deuxième pays le plus atteint du continent, un tiers des salariés ont perdu leur emploi. Et si le gouvernement a pris très tôt des mesures de confinement, les habitants des régions les plus pauvres n’ont pas eu les moyens de les respecter, et le virus les a rattrapés. 

L’Amérique latine est un cruel rappel que la pandémie n’est pas terminée, et que le déconfinement progressif que nous vivons en Europe est loin de signifier la fin de cette triste page d’histoire.

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