Le colonel Kadhafi avait bien résumé la situation la semaine dernière, à l’occasion du vingt-huitième anniversaire de la révolution libyenne. « Pouvons-nous être plus palestiniens que les Palestiniens ? » avait-il demandé aux peuples et dirigeants arabes et, la réponse étant dans la question, l’évolution des relations israélo-palestiniennes est en train de modifier les rapports des pays arabes avec Israël. Alors que ni le Maroc ni la Tunisie n’entretiennent de relations diplomatiques avec l’Etat hébreu, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon en personne, est attendu, à Tunis, en novembre prochain et Shimon Pérès, numéro 2 du gouvernement de coalition formé pour mener à bien l’évacuation de Gaza, vient d’être invité à Rabat. La Libye s’achemine lentement vers une reconnaissance d’Israël à laquelle le colonel Kadhafi ne voit visiblement plus d’obstacles idéologiques. L’Egypte a abrité les négociations inter-palestiniennes qui viennent d’aboutir à la proclamation d’une trêve illimitée avec Israël et ses forces armées s’apprêtent à jouer un rôle de premier plan dans la stabilisation de Gaza après le retrait israélien. L’Egypte devient ainsi un acteur décisif de la relance du processus de paix et la Jordanie vient, parallèlement, d’œuvrer avec succès à une proposition de paix globale que la Ligue arabe devrait adopter, mercredi, à l’issue de son sommet que se réunit à Alger demain. Dans cette résolution, préparée dès hier par les ministres des Affaires étrangères de ses pays membres, la Ligue devrait proposer de « mettre fin » au conflit israélo-arabe et de « développer des relations normales avec Israël » en échange d’un retrait israélien de l’ensemble des territoires arabes occupés, Golan compris, et de « l’acceptation » d’un Etat palestinien avec Jérusalem Est comme capitale. La Ligue ne fera ainsi que réitérer une offre qu’elle avait, pour la première fois, faite en 2002 mais le climat n’est plus le même. Il y a trois ans, les attentats et la répression battaient leur plein. Il n’y avait aucune perspective de paix crédible. L’Arabie saoudite n’avait arraché cette déclaration à la Ligue arabe que pour tenter de redorer son blason à Washington six mois après les attentats du 11 septembre. On était dans la gesticulation diplomatique, louable, encourageante, spectaculaire mais sans effet pratique, alors que les choses sont, là, très différentes. Avec l’arrêt de la violence, le retrait progressif des Israéliens des grandes villes palestiniennes et l’ouverture du dialogue entre Mahmoud Abbas et Ariel Sharon, la perspective d’un règlement israélo-palestinien devient crédible et l’offre que la Ligue arabe devrait faire mercredi tend à renforcer cette perspective en l’inscrivant dans un espoir de paix globale. Trop lentement mais très vite en fait, tous les éléments nécessaires à la fin de cette guerre sans fin se mettent en place. Cela ne garantit rien. Ariel Sharon n’a pas encore donné l’ombre d’une garantie sur la Cisjordanie. Un grave attentat peut, à chaque instant, compromettre cette évolution mais, pas à pas, les choses avancent.

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