Bras de fer ou grand deal ? Est-on parti pour une épreuve de force entre l’Iran et les grandes puissances ou bien est-ce, au contraire, un grand marchandage qui s’amorce au terme duquel les Etats-Unis renoueraient avec l’Iran sur la base de concessions réciproques et spectaculaires ? Pour l’heure, les deux fers sont au feu. Le dossier du nucléaire iranien est devant le Conseil de sécurité. Une logique de sanctions économiques s’est engagée. Le front des grandes puissances tient car aucune d’entre elles ne veut laisser l’Iran se doter d’armes atomiques. Cela était clair, hier, à New York, lors de la réunion de l’Allemagne et des cinq membres permanents du Conseil. Le bâton est, en un mot, brandi mais, outre que personne ne veut s’en servir trop vite, des compromis se cherchent, confusément mais fébrilement. L’Iran et les Etats-Unis, d’abord, vont bientôt ouvrir des discussions dont Georges Bush avait besoin car, sondages obligent, il doit pouvoir se retirer d’Irak au plus vite, qu’il ne pourra pas le faire avant qu’un gouvernement d’union nationale n’ait pris les commandes du pays et que cela ne sera pas possible tant que les Iraniens, très influents à Bagdad, n’y trouveront pas leur intérêt. L’Iran, lui, a fini par accepter ce dialogue la semaine dernière car, avant même que le Conseil de sécurité n’ait décrété la moindre sanction, les compagnies étrangères repoussent leurs investissements dans ses industries pétrolières et gazières tandis que la bourse de Téhéran part à la baisse. L’affaire nucléaire menace le régime iranien d’une crise économique et sociale, d’une crise aussi grave pour la théocratie que l’est la débâcle irakienne pour Georges Bush, et tout pousse ainsi les deux parties à se parler. Deuxième fait nouveau, les dissensions s’accentuent au sein du régime iranien entre, d’un côté, le très extrémiste Président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, et de l’autre, non seulement les réformateurs et les réalistes des anciens présidents Khatami et Rafsandjani mais aussi, surtout, l’appareil religieux, le vrai pouvoir, qui a si clairement opté pour la recherche d’un compromis que c’est sa figure de proue, Ali Larijani, l’homme que le 7/9 avait interviewé le mois dernier à Téhéran, qui vient d’accepter ces conversations avec les Américains. A Téhéran, beaucoup de gens, et non des moindres, s’inquiètent désormais autant de l’aventurisme de Mahmoud Ahmadinejad et de ses milices religieuses que des menaces de sanctions du Conseil de sécurité. Entre la volonté d’un courant du régime iranien de jouer l’épreuve de force et le désir des trois autres d’utiliser l’affaire nucléaire pour parvenir à un grand compromis politique offrant des garanties de sécurité à l’Iran et accroissant son influence régionale, de nouvelles voies s’ouvrent à la diplomatie et ce n’est pas tout. Ali Larijani vient de faire discrètement savoir à la France que l’Iran serait prêt à intéresser ses voisins à ses recherches sur le nucléaire civil et à les placer sous contrôle international sur une partie de son territoire qu’il céderait pour cent ans à une autorité commune. L’offre est confuse mais l’Iran montre, là, une volonté de chercher un accord de sécurité régionale qui va dans le bon sens.

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