Le fait qu’elle soit aérienne et non pas terrestre n’y change rien : c’est une guerre. Son objectif est d’empêcher le colonel Kadhafi de noyer dans le sang les insurgés qui se sont dressés contre sa dictature et, par là même, de le faire tomber. Cette guerre a toutes les raisons d'être menée mais peut-elle être perdue ? Militairement parlant, la question se pose pour deux raisons. La première est que, depuis le vote, jeudi, de la résolution de l’Onu, la tactique de l’armée libyenne est de pénétrer le plus possible les villes tenues par les insurgés afin que les forces d’intervention ne puissent pas frapper ses chars et ses hommes sans risquer de faire des victimes dans la population civile. A ce niveau d’imbrication, les frappes deviennent extraordinairement difficiles à cibler et la deuxième raison pour laquelle le colonel Kadhafi n’a pas forcément perdu la partie est que, sur terre, il n’a pas de soldats de métier en face de lui mais des jeunes gens devenus combattants du jour au lendemain, sous-armés et sans entraînement militaire. L’interdiction de l’espace aérien libyen à l’aviation de Muamar Kadhafi le prive de la possibilité de bombarder, tuer et terroriser son propre peuple. C’est un complet changement de donne en faveur des insurgés mais qui ne signifie pour autant pas que l’insurrection puisse automatiquement renverser la dictature. Cette guerre peut conduire à une impasse durable qui poserait alors une seconde question, celle de savoir si elle peut être politiquement perdue. C’est la deuxième carte du colonel Kadhafi qui tente désormais, d’une part, de faire oublier qu’il n’est qu’un potentat qui a voulu briser par la force l’aspiration de son peuple à la liberté et, de l’autre, de se faire passer pour l’héroïque défenseur de son pays qui serait victime, va-t-il répétant, d’une agression coloniale. Il table là sur le malaise et les interrogations que suscite forcément, en raison de l’histoire, toute intervention internationale contre un pays arabe dans les opinions publiques du Maghreb et du Machrek. C’est si vrai que le secrétaire-général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui est également candidat à la présidence égyptienne, a pris hier ses distances avec cette intervention qu’il avait lui-même appelée de ses vœux en disant qu’il soutenait l’interdiction du ciel libyen mais pas les bombardements. Parce qu’elle a tardée à être organisée, cette intervention est délicate à mener mais la probabilité qu’elle échoue n’en est pas moins faible. La tactique de l’imbrication a de grandes limites pour l’armée libyenne puisque ses convois de ravitaillement sont systématiquement coupés par les forces d’intervention. Ses chars devraient ainsi vite se trouver isolés et dispersés tandis que les Libyens pourraient se libérer par eux-mêmes et que colonel Kadhafi ne tiendrait bientôt plus que sa capitale. C’est une situation dans laquelle on perd rapidement ses soutiens. Les peuples arabes sont, parallèlement, trop soulevés par le vent de la liberté, jusqu’en Syrie maintenant, pour vraiment se solidariser de ce dictateur au nom d’un panarabisme en perte de vitesse et le rapport de forces, enfin, est évidemment favorable aux forces d’intervention. Aucune guerre n’est gagnée d’avance mais celle-ci est loin, très loin, d’être perdue.

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