L’Irak vient de connaître une journée d’horreur. En quelques heures, 27 bombes y ont explosé hier dans 17 villes du pays. On compte au moins 51 morts et plus de 230 blessés et cette vague d’attentats ne doit rien au hasard et tout à la question de l’équilibre géopolitique du Proche-Orient.

Composé d’une majorité chiite et de minorités sunnite, kurde et chrétienne, l’Irak avait été dominé jusqu’à la chute de Saddam Hussein par les sunnites minoritaires qui y trustaient tous les postes de responsabilité, au gouvernement comme dans la fonction publique, l’armée et les forces de sécurité. L’intervention américaine a changé tout cela. En permettant des élections libres, elle a porté la majorité chiite au pouvoir tandis que les sunnites étaient marginalisés.

Tout l’équilibre régional en a été modifié car, dès lors qu’il était gouverné par des chiites, l’Irak s’est beaucoup rapproché de l’Iran dont les chiites constituent la quasi-totalité de la population. L’immense paradoxe contre lequel la France avait vainement mis en garde Georges Bush est que l’intervention américaine a renforcé le poids régional de l’Iran mais la crise syrienne vient maintenant modifier cette nouvelle donne, virtuellement en tout cas.

En Syrie, l’équilibre entre les deux religions de l’islam est exactement l’inverse de celui de l’Irak. La majorité y est sunnite. Les chiites ou, plus exactement, les alaouites, une branche du chiisme, y sont minoritaires mais cette minorité qu’incarne la famille Assad, celle du président, contrôle tout le pays depuis un demi-siècle et c’est son pouvoir qui est ébranlé par l’insurrection en cours qui mobilise la majorité sunnite, écartée des responsabilités et aussi marginalisée que les chiites l’avaient été en Irak.

L’influence que l’Iran avait gagnée à Bagdad, il pourrait donc la perdre à Damas si les insurgés l’emportaient et cette seule perspective, qui pourtant s’éloigne, met toute la région en ébullition. L’Iran ne veut à aucun prix que le régime syrien puisse s’écrouler car il y perdrait un allié qui lui permet de se projeter jusqu’à la frontière nord d’Israël grâce à ses liens avec le Hezbollah, l’organisation politico-militaire des chiites libanais.

C’est son rôle d’acteur régional que l’Iran joue dans cette crise et, parallèlement, le monde sunnite espère, au contraire, regagner du terrain sur les chiites avec une éventuelle victoire de l’insurrection syrienne. Les sunnites irakiens dont les plus importants foyers sont limitrophe de la Syrie se disent qu’ils auraient tout à gagner à un changement du rapport de forces entre les communautés syriennes car ils pourraient alors s’appuyer sur la Syrie pour reprendre force en Irak ou même faire sécession et se rapprocher d’une Syrie sunnite. Arabie saoudite en tête, les monarchies pétrolières du Golfe qui sont sunnites et que l’Iran chiite s’est toujours employé à dénoncer et déstabiliser rêveraient que les sunnites l’emportent à Damas et isolent Téhéran.

L’insurrection syrienne, en un mot, met face-à-face les frères ennemis de l’islam, prêts à un affrontement général dont les attentats d’hier, contre un régime chiite, pourraient n’être qu’un avant-goût.

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