Barack Obama s’est attaché à donner du « Bibi », son surnom, au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, qui lui souriait, pour sa part, comme s’ils étaient les meilleurs amis du monde. Au premier jour, hier, de cette première visite du président américain en Israël, les deux hommes ont tout fait, en un mot, pour faire oublier qu’ils se détestaient cordialement, que Barack Obama ne pardonnait pas à son hôte d’avoir délibérément et ostensiblement saboté ses efforts de relance du processus de paix lors de son premier mandat et que Benjamin Netanyahou considérait, de son côté, que ce président n’était qu’un gauchiste naïf, plus préoccupé de réconcilier les Etats-Unis et le monde arabe que de défendre Israël.

Tout sépare ces deux hommes et d’autant plus profondément que leurs désaccords ont quelque chose d’intime dans la mesure où Barack Obama, dans sa formation intellectuelle comme dans ses amitiés personnelles et politiques, est très proche de l’intelligentsia juive américaine qui voit en Netanyahou un aveugle irresponsable dont l’intransigeance conduit Israël dans le mur. Ce sont deux conceptions des intérêts et de la pérennité d’Israël qui séparent ces deux hommes mais pourquoi font-ils alors tant d’efforts pour afficher une cordialité, voire une amitié, auxquelles personne ne saurait croire ?

Pour le Premier ministre, l’enjeu est clair. Il sait qu’il était allé trop loin, beaucoup trop loin, l’année dernière dans son soutien au candidat républicain, Mitt Romney dont il souhaitait si ardemment la victoire qu’il en était arrivé à la croire certaine ou, en tout cas, probable. Benjamin Netanyahou s’était trompé et il doit maintenant réparer cette erreur que beaucoup lui reprochent en Israël car son pays dépend de l’aide militaire et du soutien diplomatique des Etats-Unis. Il faut réparer les pots cassés – la Raison d’Etat l’impose – et c’est ce à quoi il s’emploie dans un moment où il a plus que jamais besoin de la Maison-Blanche face aux ambitions nucléaires de l’Iran, aux incertitudes des révolution arabes et aux menaces que les restrictions budgétaires américaines font peser sur le financement de la défense israélienne par Washington.

Benjamin Netanyahou n’a pas le choix et Barack Obama a, lui, un dessein stratégique dans cette opération de réconciliation. Comme son nouveau secrétaire d’Etat, John Kerry, n’a pas cessé de le dire depuis sa nomination, il veut relancer un processus de paix à l’agonie mais sait qu’il lui faudra pour cela gagner les confiance les Israéliens, non pas de « Bibi » car ce serait mission impossible, mais de la population israélienne.

Or le fait est que Benjamin Netanyahou est parvenu à convaincre une large partie des Israéliens que ce président qui ne les aimerait guère ne se soucierait pas de leur sécurité. En prononçant quelques mots d’hébreu, magnifiant l’alliance israélo-américaine, souriant à tout va et montrant qu’il aimait tant Israël qu’il en aimait même Benjamin Netanyahou, Barack Obama veut donc conquérir le cœur des Israéliens et si bien les convaincre de son indéfectible attachement qu’il puisse s’appuyer sur eux, sur l’opinion publique israélienne, pour ramener ce Premier ministre à la table des négociations.

Certainement pas gagnée d’avance, la partie est difficile mais elle n’est pas injouable puisque les partis du gauche et du centre ont nettement progressé aux dernières élections israéliennes à défaut de l’emporter et que la situation régionale interdit à la droite israélienne de tourner le dos et faire la sourde oreille à Barack Obama. La première étape est la séduction, faite d’engagements sur l’aide militaire et d’une spectaculaire reconnaissance du droit d’Israël à ne pas demander d’autorisation à quiconque pour empêcher l’Iran de se doter de la bombe ou le régime syrien d’employer et disséminer des armes chimiques.

Les Etats-Unis ne font au demeurant là qu’utiliser Israël pour faire pression sur Damas et Téhéran et la seconde étape, la tentative de relance du processus de paix, est laissée à John Kerry qui reviendra samedi s’en entretenir, cartes sur table, avec Benjamin Netanyahou. Entre temps, Barack Obama se sera directement adressé à un panel d’Israéliens et aura vu les Jordaniens et les Palestiniens, deux rendez-vous qui s’annoncent compliqués.

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