Il n’y a pas de détente dans la crise ukrainienne. Jour après jour, bien au contraire, les relations entre les Occidentaux et la Russie se dégradent tant et la situation sur le terrain devient si tendue que le président du Parlement européen, Martin Schulz, est allé jusqu’à estimer, hier devant les 28 dirigeants de l’Union, que la « guerre » – mot qu’il a prononcé – devenait « à nouveau une réelle menace dans un pays voisin de l’Union européenne », que nous étions « en train de parler du risque d’un conflit armé » et qu’en tout cas, « quelque chose avait changé » en Europe.

Ces propos n’avaient, non, rien d’excessif. L’armée russe s’est emparée hier par la force d’une corvette ukrainienne à l’ancre dans le port de Sébastopol, en Crimée. Ce nouvel incident militaire aurait très facilement pu déboucher sur des violences propres à enflammer les esprits. Des troupes russes manoeuvrent aux frontières de l’Ukraine et, bien que le Russie ait assuré au secrétaire d’Etat américain à la Défense qu’elle n’avait pas l’intention d’envahir l’Ukraine orientale, cette escalade ne peut pas être exclue car il suffirait d’un dérapage pour qu’on en arrive là.

Cela ne mènerait pour autant pas à guerre mondiale. Cela resterait limité mais l’Alliance atlantique et la Russie se retrouveraient alors face-à-face, sur une ligne de front, en plein cœur du continent Europe. Bien qu’on n’en soit pas déjà là, quelque chose a changé, comme le dit à raison Martin Schulz. Comme au temps de la guerre froide, les Occidentaux vont serrer les rangs, lundi, à La Haye, au cours d’un sommet extraordinaire du G-7 et, en attendant, c’est plus que jamais coup pour coup.

Les Etats-Unis viennent d’ajouter vingt personnes, dont les plus proches collaborateurs et hommes d’affaires de Vladimir Poutine, à la liste des onze personnalités russes contre lesquelles ils avaient déjà pris des sanctions. La Russie a rétorqué dans l’heure en prenant à son tour des sanctions, des interdictions de visa en fait, contre trois collaborateurs directs de Barack Obama et plusieurs parlementaires américains.

A Bruxelles, le Conseil européen a également élargi, comme prévu, à 33 personnes, 12 de plus et certaines très haut placées, sa propre liste de responsables russes ou ukrainiens pro-russes dont les avoirs seront gelés et les déplacements interdits dans l’Union. Le sommet Europe Russie du mois de juin est reporté sine die. L’Union signe ce matin un accord politique avec l’Ukraine tandis que tous les contacts institutionnels entre ses pays et la Fédération de Russie sont suspendus et ce n’est pas tout. Le plus inquiétant est que la menace de vraies sanctions économiques visant non plus des personnalités russes mais la Russie en tant que telle est désormais brandie, en Europe comme aux Etats-Unis.

En cas « d’escalade supplémentaire », c’est-à-dire de pression sur l’Ukraine orientale, Barack Obama s’est dit prêt à frapper des « secteurs clés » de l’économie russe, déjà bien mal en point, et le Conseil européen, dans la même hypothèse, a chargé, hier la Commission de préparer des mesures allant dans le même sens. Cela s’appelle un engrenage qui est tout, sauf rassurant.

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