La Première ministre britannique a demandé un report de la sortie du Royaume Uni de l’UE, mais les Européens mettent une condition : que Westminster vote l’accord négocié ensemble. Huit jour avant la date butoir, personne ne sait ce qui va se passer...

 « Le Parlement contre le peuple », proclame ce manifestant pro-Brexit, devant la Chambre des Communes à Londres.
« Le Parlement contre le peuple », proclame ce manifestant pro-Brexit, devant la Chambre des Communes à Londres. © AFP / Niklas HALLE'N / AFP

C’est un très mauvais feuilleton, que celui de la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne. Cela fait mille jours que les Britanniques ont voté pour quitter l’UE, pour en arriver, à huit jours de la sortie prévue, le 29 mars, à cette situation ubuesque. Personne, aujourd’hui, n’est capable de dire si dans huit jours, le Royaume Uni sera toujours dans l’Union européenne ou pas…

En fait, il s’est produit hier un coup de théâtre politique remarquablement orchestré, dont on peut se demander si Theresa May ne l’avait pas en tête depuis longtemps. Dans les faits, sa demande de report de trois mois de la date de sortie de l’Union européenne s’est transformée en opération quitte ou double pour obtenir le vote de l’accord négocié pendant deux ans avec Michel Barnier. 

Cet accord sera soumis pour la troisième fois au vote des parlementaires britanniques, après deux échecs cuisants, du jamais vu dans l’histoire politique moderne.

Bruxelles et Paris ont conditionné hier leur feu vert au report de la date à un vote positif des parlementaires. Sur le fond, Theresa May et les dirigeants européens veulent la même chose, un divorce en bon ordre. Mais si les députés votent non, ce sera le « no deal », avec ses conséquences potentiellement graves pour l’économie du Royaume.

Theresa May a emprunté hier soir des accents churchilliens pour appeler les parlementaires à approuver l’accord mardi ou mercredi prochain, au nom de la volonté populaire. Elle a également plaidé auprès des travaillistes de Jeremy Corbyn pour qu’ils mettent leur rivalité de côté afin d’éviter le naufrage.

Cela suffira-t-il ? Certains des rebelles conservateurs du premier vote avaient changé de camp pour le second, en estimant qu’il vaut mieux un accord insatisfaisant plutôt que de trahir la promesse du Brexit. Ces ralliements se poursuivront-ils en nombre suffisant alors que le bord de la falaise approche et que l’UE a mis un ultimatum ? 

Le pari est risqué, mais il n’est pas insensé. Personne, en dehors des brexiteurs fanatiques minoritaires, ne voudra rester dans l’histoire comme l’élu qui a provoqué la crise le 29 mars. C’est, depuis trois mois, la stratégie de Theresa May, et ses futurs ex-partenaires européens lui ont rendu ce dernier service en ayant l’air impitoyables.

Qu’en pensent les électeurs ? On ne leur demande pas leur avis : Theresa May et son parti sont pour l’instant d’accord sur un double refus : pas d’élections anticipées qui risqueraient de favoriser le parti travailliste, même si ce dernier n’est pas en grande forme ; et pas de deuxième référendum qui serait un véritable aveu d’échec.

Mais les sondages, pour ce qu’ils valent dans un contexte aussi volatile, donnent une majorité de Britanniques qui seraient aujourd’hui pour rester dans l’Union. Non pas tant parce que les électeurs de 2016 auraient changé d’avis, mais parce que les jeunes qui arrivent en âge de voter sont massivement pour rester européens.

Quelle que soit la suite des événements, c’est un fiasco humiliant pour l’une des plus vieilles démocraties du monde, prise au piège d’un dysfonctionnement démocratique. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.