Armés de poignards et de machettes, quelque 70 voyous attaquent un bureau de votre d’Alexandrie, la deuxième ville d’Egypte. Devant d’autres bureaux, des gros bras dissuadent les électeurs de voter. A Edku, sur la côte nord aussi, un représentant des Frères musulmans reçoit un coup de couteau dans le cou alors qu’il surveillait le vote. A Alexandrie encore, le chauffeur d’un candidat dissident du parti présidentiel est tué dans une agression. Après une première phase relativement calme au début du mois, la deuxième des trois phases des élections législatives égyptiennes a été partout marquée, hier, par des violences organisées par le parti au pouvoir. Le régime égyptien s’est raidi car début novembre, lors du premier round de ces élections, les islamistes avaient remporté 34 des 164 sièges en lice, marquant des points spectaculaires et s’assurant d’ores et déjà suffisamment de députés pour pouvoir présenter un candidat à la prochaine présidentielle. La nervosité des autorités est telle qu’elles ont fait interpeller quelque 470 militants des Frères musulmans, organisation interdite depuis 1954 mais dont les candidatures sont tolérées sous de fausses étiquettes car ce mouvement, fondé en 1929 et ancêtre politique de tous les groupes islamistes, est si bien implanté en Egypte qu’il est difficile de ne pas lui laisser une place. On ignore maintenant comment va se poursuivre cette consultation - le deuxième tour, samedi prochain, de cette deuxième phase puis la troisième, début décembre - mais c’est tout le problème de la démocratisation du monde arabe qui se pose là. A deux ou trois exceptions près, tous les pays de ce monde, ceux qui vivent sous des dictatures pro-occidentales comme ceux qui sortent de régimes socialisants à partis uniques, ont si bien détruit toutes les formes d’opposition démocratique que seuls ont subsisté les mouvements islamistes, forts de leur identité religieuse et des appuis officiels qui leur avaient été longtemps accordés en sous-main pour contrer les démocrates. D’Egypte en Tunisie, d’Arabie saoudite en Syrie, ils sont d’autant plus forts que les populations de ces pays n’ont pas plus de sympathie, expérience faite, pour l’ancrage occidental que pour l’étatisme socialiste. Si des élections vraiment libres y avaient lieu demain, elles seraient à peu près partout remportées par les islamistes, pas forcément par la frange terroriste de cette mouvance mais par des mouvements qui, comme les Frères musulmans en Egypte, prônent un retour aux sources religieuses par l’instauration de régimes intégristes, respectueux de la lettre de la loi islamique. La démocratie n’y déboucherait pas sur la liberté mais, sans démocratisation, les dictatures perdureront et les islamistes se renforceront. C’est la raison pour laquelle les Etats-Unis poussent les régimes arabes à des élections libres dans l’espoir que des ouvertures permettraient à des partis démocrates de s’affirmer. Sur le papier, le raisonnement se tient mais, outre que c’est lui qui a présidé à la guerre d’Irak, la décennie sanglante connue par l’Algérie des années 90 incite à la circonspection. C’est la quadrature du cercle, l’un des grands problèmes de ce début de siècle.

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