Jamais autant qu’hier les Etats-Unis n’ont semblé aussi paralysés par le désastre irakien. Tandis qu’on débat de plus en plus furieusement à Washington de l’idée d’associer l’Iran et la Syrie à la recherche d’une sortie de crise, tandis que les Démocrates y poussent, que certains Républicains y sont favorables et d’autres totalement hostiles, le président iranien est tranquillement passé à l’acte, invitant les présidents syrien et irakien à venir s’entretenir avec lui, ce week-end, à Téhéran, des possibilités de stabilisation à Bagdad. C’est un peu comme si l’avenir de l’Irak et de la région se jouaient déjà plus à Téhéran qu’à Washington, comme si l’Iran était déjà la puissance centrale du Proche-Orient, comme si, surtout, le régime mis en place à Bagdad par les Américains voyait déjà plus de possibilités de s’appuyer sur l’Iran et la Syrie que sur les Etats-Unis pour tenter d’éviter que le pire n’empire encore. Et de fait, c’est le cas. Telle est, bel et bien, la situation puisque les forces américaines sont chaque jour plus impuissantes à arrêter la progression du chaos alors que Syriens et Iraniens ont, eux, les cartes en main. L’Iran chiite a tous les moyens de peser sur les milices chiites irakiennes qu’il arme, finance et conseille. La Syrie peut peser de tout son poids non seulement sur les sunnites et leurs milices mais aussi sur les réseaux terroristes car c’est dans sa capitale, à Damas, que les sunnites trouvent refuge et que c’est par sa frontière avec l’Irak que les hommes d’Al-Qaëda s’alimentent en armes et en volontaires. Alliés, ces deux pays sont des acteurs essentiels de cette crise sans lesquels rien ne se fera et leur intérêt est aujourd’hui de montrer qu’ils pourraient contribuer à une solution s’ils y trouvaient leur avantage. L’un, la Syrie, souhaite que les puissances occidentales tournent la page sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, lui tendent la main et lui rouvrent les portes des échanges internationaux. L’autre, l’Iran, veut bien plus encore. Il veut être reconnu par les Etats-Unis comme la première puissance de la région, comme un interlocuteur privilégié que l’Amérique ménagerait et avec lequel elle traiterait sur pied d’égalité. Ni l’un ni l’autre n’en sont plus très loin puisque Tony Blair appelait, la semaine dernière, à un dialogue avec Damas et que la moitié au moins de Washington souhaite en ouvrir un avec Téhéran. Alors l’un et l’autre poussent dans cette direction en montrant que l’Irak s’y engage déjà et qu’il n’y a plus lieu d’hésiter à leur parler puisque les Irakiens le font. Le rendez-vous de ce week-end est un camouflet de première grandeur pour les Etats-Unis mais en même temps, s’il débouchait sur de vrais signaux, il pourrait faciliter la tâche à la Maison-Blanche en montrant qu’il y aurait vraiment quelque chose à gagner à prendre langue avec ces capitales de l’axe du mal. L’affaire est à suivre – à la loupe.

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