C’est simple : la gauche ne savait plus quoi dire. Après que la bulle immobilière a éclaté et que la crise s’est installée, quand la croissance s’est écroulée tandis que le taux de chômage, le plus élevé d’Europe, s’envolait à près de 22%, la gauche espagnole a tout simplement rendu son tablier en annonçant, il y a cinq mois, qu’elle organiserait des élections anticipées à l’automne.

C’était dire qu’elle n’avait plus de solution à proposer, qu’elle ne se sentait plus capable de gouverner et il n’y a donc rien d’étonnant à ce que la droite espagnole l’ait emporté, hier, comme prévu, avec 16 points d’avance sur les socialistes. C’est moins la droite qui a gagné que la gauche qui avait déclaré forfait et la preuve en est que le futur chef du gouvernement, Mariano Rajoy, est l’homme le moins charismatique qui soit et que son programme a été de ne pas en avoir. Porté par les sondages, sûr d’une victoire que rien ne pouvait lui enlever puisque ses adversaire lui avaient en quelle sorte passé le relais, il a évité tout ce qui pouvait rebuter, restant vague sur tout sauf sur l’évidence, la nécessité de réduire l’endettement, et sur sa volonté de ne pas s’attaquer, à nouveau aux retraites parce qu’elles ne font pas seulement vivre les retraités mais aussi des familles entières dont enfants et petits-enfants sont sans emploi.

Il y avait quelque chose de très singulier dans cette élection mais il y a, pourtant, plusieurs leçons à en tirer pour l’ensemble de l’Union européenne.

La première est que les crises – de la dette privée, en Espagne, de la dette publique ailleurs – et les longues années de vaches maigres que l’Europe devra maintenant traverser menacent tous les gouvernements en place. De droite ou de gauche, tous auront le plus grand mal à se faire reconduire par des électeurs qui leur reprochent de ne pas avoir su anticiper l’orage pour les en protéger mais cela ne signifie pas que la droite et la gauche européennes soient dans une aussi mauvaise passe l’une que l’autre.

Dans la mesure où les gouvernements européens sont, aujourd’hui, très majoritairement de droite, c’est la gauche européenne que la crise favorise en vertu du « Sortons les sortants ! ». L’Europe – c’est la deuxième et paradoxale leçon de ces élections espagnoles – pourrait bientôt être majoritairement à gauche mais, si les gauches européennes restent aussi pétrifiées par la crise de la dette que l’a été la gauche espagnole, si elles ne définissent pas au plus vite, et ensemble, les idées et mesures qui permettraient de sortir de ce marasme, d’éviter que les plus démunis n’en souffrent le plus et de préparer, surtout, un rebond européen, l’Europe ira vers une crise politique générale qui s’ajoutera à sa crise financière.

On verra les partis nationalistes accélérer la montée en puissance qu’ils ont amorcée, des gauches de la gauche s’affirmer comme, hier, en Espagne, et les droites et les gauches reculer au même rythme dans des pays devenant ingouvernables. C’est la troisième leçon de ce scrutin espagnol et la quatrième est que la gauche européenne est ainsi face à une responsabilité historique – celle d’inventer l’Europe de demain, ses institutions, sa démocratie et, surtout, avant tout, sa politique économique, industrielle et sociale.

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