Diagnostic de diplomates engagés dans les négociations avec l’Iran : « Ce n’est pas gagné mais, non, ce n’est absolument pas fichu ». La réunion d’hier, expliquent-ils, a effectivement été très brève mais il était prévu qu’elle ne soit que formelle et ce n’est qu’aujourd’hui, poursuivent-ils, qu’on entre dans le vif du sujet avec un long tête-à-tête entre le ministre iranien des Affaires étrangères et le chef de la diplomatie européenne, Lady Ashton, qui est mandatée par l’ensemble des grandes puissances, Chine et Russie comprises.

Vu de Genève, ce n’est ainsi que ce soir ou même demain qu’on saura si l’on s’achemine ou non vers un accord sur ces mesures de confiance réciproques qui sont l’aboutissement recherché et qui ne feraient que préluder à de plus longues négociation sur un règlement définitif du dossier nucléaire.

Bon… Peut-être, mais alors pourquoi tant d’alarmes et de fureur hier, ces violentes déclarations du Guide suprême iranien, la très ferme réaction française qui s’est ensuivie, cette extrême prudence des Américains parlant d’une « grande difficulté » à conclure et cette phrase des négociateurs iraniens parlant, eux, de la nécessité de « retrouver la confiance perdue » ?

La réponse est que chacun assure ses arrières et que tous ont, en l’affaire, une posture à défendre dans laquelle ils jouent, comme toujours, le coup d’après. Les négociateurs iraniens se veulent sombres parce qu’ils sont issus du camp réformateur, qu’ils ne veulent pas que leurs adversaires conservateurs puissent les accuser d’être prêts à trop de concessions et que, plus ils auront insisté sur la difficulté des discussions, plus ils pourront faire valoir leur mérite en cas de succès et renforcer ainsi leur position sur la scène intérieure iranienne.

Pour ce qui est de l’équipe Obama, l’explication est absolument parallèle. Elle aussi a des conservateurs à Washington qu’elle ne doit pas laisser l’accuser de mollesse. Elle aussi doit donc afficher une fermeté d’autant plus grande qu’un éventuel compromis devra être avalisé par le Congrès où la Chambre des représentants est majoritairement républicaine.

Quant à la France, son jeu est encore plus complexe.

Depuis le début, et encore hier en réaction aux déclarations du Guide suprême, la France se positionne, mais sans rien bloquer pourtant, en plus intransigeante des grandes puissances parce qu’elle veut reprendre pied au Proche-Orient en s’assurant la confiance des pays sunnites et d’Israël, tous hostiles à l’Iran, qu’elle ne coure pas là grand risque car, si accord il y a, c’est sa signature qui le vendra maintenant au Congrès américain et aux pays arabes et qu’elle est ainsi tout aussi indispensable à la Maison-Blanche qu’à l’Iran.

Reste le Guide, ses « lignes rouges », ses insultes à la France et ses imprécations contre Israël, traité de « chien impur et malveillant voué à disparaître ». Il y avait tout cela dans ce discours répugnant et incendiaire mais, à bien le lire, ces propos-là pourraient bien n’avoir eu d’autre but que de faire passer devant les miliciens auxquels il s’adressait la nécessité, bien réelle pour ce régime, d’arriver à un compromis avec les grandes puissances. On verra, ce soir ou demain.

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