Où l’on voit que, si tout bloque à Berlin, c’est que l’échiquier politique allemand, contrairement à celui de la France, n’a pas été remanié.

 Il aurait été mieux, oui, bien sûr, que les résultats eussent été différents. Pour  cette refondation de l’Union européenne que prône Emmanuel Macron, il eut été préférable que les élections allemandes de septembre dernier n’accouchent pas d’une majorité introuvable dont la quête s’est maintenant avérée vaine mais cette crise annonce-t-elle, pour autant, la mort de l’Union ? 

        Ce serait le cas si la constitution d’une coalition entre la démocratie chrétienne de Mme Merkel, les libéraux et les Verts avait buté sur les questions européennes mais c’est sur trois autres sujets que les négociations ont échoué. Le premier était la réduction, demandée par les Verts, du nombre de centrales à charbon, le deuxième était le plafonnement, exigé par la Libéraux, du nombre de réfugiés que l’Allemagne pouvait admettre et le troisième, le plus important et de loin, était l’intransigeance de ces mêmes Libéraux qui estiment pouvoir tirer parti de nouvelles élections. 

        Bien que ni les Libéraux ni Mme Merkel n’adhèrent à toutes les idées de relance européenne avancées par Emmanuel Macron, ce qui est au cœur de cette crise allemande est la fatigue, commune à toutes les démocraties occidentales, des grandes forces politiques qui avaient structuré l’après-guerre. 

La CDU-CSU, l’union des droites formée par les démocrates-chrétiens et les chrétiens sociaux de Bavière, nettement plus à droite, a été mise à mal par la politique d’accueil des réfugiés de Mme Merkel. La droite bavaroise  a d’autant moins admis cette politique qu’elle en est maintenant menacée, dans son fief, par l’Alternative pour l’Allemagne, la nouvelle extrême-droite qui a remporté 13% des voix en septembre. 

Comme la droite française, la droite allemande est désormais divisée et, quant à la social-démocratie, elle ne veut pas entendre parler d’une nouvelle coalition avec la droite car elle a trop souffert d’avoir été éclipsée par Mme Merkel dont elle a été l’allié minoritaire après avoir introduit, contre son électorat, les réformes du marché du travail dont l’économie allemande a tant profité. 

Cet essoufflement de la gauche et de la droite allemandes ne facilitera pas la refondation de l’Union européenne mais ne l’empêchera pas non plus car, en Allemagne, la gauche, la droite et les Libéraux sont également attachés à la solidité de l’Union dont l’annonce de la mort est ainsi prématurée. 

Il est, en revanche, frappant de voir qu’en Allemagne, comme en France, il y a beaucoup plus de points communs entre la gauche de la droite et la droite de la gauche qu’il n’y a de différences entre la droite et la gauche. Contrairement à l’échiquier français remodelé par Emmanuel Macron, l’échiquier allemand continue de dater et mentir. C’est la raison pour laquelle tout bloque à Berlin tandis que tout, aujourd’hui, paraît sourire à la France.

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