Benny Gantz, le chef de l’opposition, a jeté l’éponge hier soir, comme l’avait fait avant lui Benyamin Netanyahou, incapables de former une majorité. Les Israéliens risquent d’avoir à retourner aux urnes une troisième fois en un an.

Benny Gantz, le chef de l’opposition, annonce mercredi 20 novembre qu’il n’a pas réussi à former une majorité. Si aucune solution ne se présente d’ici trois semaines, Israël devra revoter.
Benny Gantz, le chef de l’opposition, annonce mercredi 20 novembre qu’il n’a pas réussi à former une majorité. Si aucune solution ne se présente d’ici trois semaines, Israël devra revoter. © AFP / Jack GUEZ / AFP

Les Israéliens risquent d’avoir à voter pour la troisième fois en un an, pour tenter de sortir de l’impasse politique dans laquelle ils se trouvent. Benny Gantz, le chef de l’opposition, a renoncé hier soir à former un gouvernement, ce que Benyamin Netanyahou avait fait avant lui. C’est la première fois dans l’histoire que ça se produit : il reste trois semaines pour une hypothétique troisième voie, avant de se résoudre à convoquer un nouveau scrutin.

Israël vit à la fois les mêmes difficultés que bon nombre d’autres pays : érosion des grands partis, fragmentation politique accentuée ici par le scrutin proportionnel. Mais il y a aussi une spécificité israélienne, au sein d’une société très clivée, qui empêche aujourd’hui la formation de coalitions stables.

Et il y a la personnalité de Benyamin Netanyahou, toujours chargé d’expédier les affaires courantes, bien qu’il n’ait pas réussi, à deux reprises, à former une coalition. Les élections israéliennes sont centrées à chaque fois autour de la question « pour-ou-contre » Netanyahou, son long règne et son éthique défaillante. Et la réponse des deux derniers scrutins a été « contre » Netanyahou, sans pour autant donner à son rival les moyens de gouverner.

La fragmentation de l’électorat israélien ne ressemble à aucune autre. Les Israéliens sont passés en un demi-siècle de la division droite-gauche classique, à un puzzle dans lequel les partis ultrareligieux ou ultralaïques, les partis arabes, les représentants des colons, de l'extrême droite, des nationalistes de tous poils, et des survivants de la gauche se disputent les voix des électeurs.

Le résultat est l’incapacité à former une majorité autour d’une vision commune de la société israélienne. Benny Gantz, l’ancien chef d’état-major qui propose une alternative centriste, bénéficie du soutien passif des élus de la liste arabe arrivée troisième. Mais ce soutien est la raison du refus d’Avigdor Lieberman, le « faiseur de roi » de toute coalition, de s’y rallier : pour lui, les Arabes d’Israël sont une « cinquième colonne »… Et cet ancien ministre de la défense très à droite déteste trop Netanyahou pour travailler de nouveau avec lui…

Reste une hypothétique "union nationale" entre Netanyahou et Gantz, mais leurs rencontres n’ont pas permis, jusqu’ici, ce mariage bancal, et la possible mise en examen de Netanyahou dès aujourd'hui dans ses affaires de corruption ne facilitera pas la tâche.

Il y a vingt-cinq ans, la vie politique était paradoxalement beaucoup plus dans la confrontation qu’aujourd’hui. C’était l’époque des accords d’Oslo avec les Palestiniens, et le choix était existentiel : la paix contre les territoires avec Yitzhak Rabin, ou l’absence de concessions territoriales avec, déjà, Netanyahou. On connait la suite.

Aujourd’hui, la question palestinienne est absente des débats politiques, même si elle n’a pas disparu, comme l’a montré la mini-guerre avec Gaza la semaine dernière ; ou encore la décision américaine de ne plus considérer les colonies en Cisjordanie comme illégales. Aujourd’hui, les Israéliens font comme si l’absence de solution finira par faire disparaître le problème. Ce n’est plus un enjeu électoral.

En attendant, les électeurs se demandent pourquoi leur société politique est bloquée, mais on voit mal ce qui les fera modifier leur vote lors d’un possible troisième scrutin. 

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