Une crise qui se désamorce, c’est moins spectaculaire qu’une crise qui éclate. Il n’y aura pas de bombes, pas de larmes, pas de cadavres à filmer aujourd’hui à Téhéran, juste trois ministres européens concluant un accord avec l’Iran mais cet accord est aussi capital par son contenu que par la dynamique qu’il enclenche. Dans l’immédiat, Jack Straw, Joschka Fischer et Dominique de Villepin, les chefs des diplomaties britannique, allemande et française, vont annoncer cet après-midi que l’Iran accepte de se conformer à toutes les procédures de contrôle international de son industrie nucléaire, qu’il renonce, autrement dit, à toute ambition, présente, passée ou future, de se doter d’armes atomiques. Les trois ministres européens feront cette déclaration après s’être entretenus avec les dirigeants iraniens mais chacun des mots qu’ils prononceront a en fait été négocié avant qu’ils ne partent pour Téhéran. L’accord est d’ores et déjà acquis et c’est ainsi une nouvelle crise proche-orientale qui a été évité, une crise dans la crise, une de trop sans doute, qui aurait pu voir, faute de cet accord, les aviations israélienne ou américaine aller bombarder les sites iraniens. Alors question : comment a-t-on évité cela ? Il y a fallu trois mois d’action continue et secrète, entamée en juillet dernier. A l’époque, les relations entre Paris et Londres sont exécrables. Les plaies ouvertes par l’affaire irakienne sont encore à vif mais Jacques Chirac et Tony Blair cherchent à réparer les pots cassés, à retrouver des terrains d’entente, à empêcher de nouvelles dégradations de la situation internationale. Le Président de la République veut calmer le jeu avec les Etats-Unis, rapprocher les capitales européennes plutôt que de se distancer encore de Washington. Le Premier ministre veut, lui, reprendre langue avec Paris et Berlin, non seulement rééquilibrer ses alliances mais aussi ne pas laisser la France et l’Allemagne approfondir le tête-à-tête dont il s’est exclu. Tout pousse les trois puissances européennes à se retrouver sur le terrain européen et c’est dans ce contexte que leurs ministres des Affaires étrangères adressent une première lettre commune aux Iraniens. C’est une solennelle mise en garde sur le nucléaire mais, loin d’être menaçante, cette lettre fait appel à la responsabilité de l’Iran et rappelle que les pays qui renoncent au nucléaire militaire peuvent demander et recevoir une aide au développement de leur nucléaire civil. L’Europe invoque les traités, le droit, l’ordre international, reconnaît les besoins de l’Iran et le traite en interlocuteur au lieu de lui mettre le couteau sous la gorge. C’est la méthode européenne et elle marche. Les Iraniens sont méfiants. Georges Bush désapprouve la démarche européenne et le fait savoir à Londres mais, dans les pires difficultés, ce dialogue porte ses fruits. L’Europe unie vient de remporter là son premier grand succès diplomatique, de prouver qu’elle peut avoir une diplomatie commune, de s’affirmer sur la scène internationale en resserrant ses rangs. C’est la dynamique de cet accord, le sujet sur lequel, dans une heure, vous interrogerez, Stéphane, Javier Solana, le Haut représentant de l’Union pour la politique étrangère.

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