Il n’y a pas que l’ancien secrétaire d’Etat de Georges Bush. Le soutien que Colin Powell a publiquement apporté, dimanche, à Barack Obama a beaucoup frappé les esprits. La presse américaine lui a accordé une grande importance car ce général tellement urbain, commandant en chef de la première Guerre du Golfe et premier Noir a avoir été chef d’état-major des armées, bénéficie d’un crédit certain au centre de l’échiquier politique, parmi ces électeurs dits « indépendants » parce qu’ils peuvent voter, au gré des scrutins, tantôt républicain, tantôt démocrate. C’est à eux que Colin Powell s’est adressé en faisant valoir, premièrement, que Barack Obama, contrairement à ce que martèlent les Républicains, était parfaitement apte à la fonction présidentielle par sa « solidité », sa « vigueur intellectuelle », son « style » et sa « substance » et, deuxièmement, que Sarah Palin, la colistière de John McCain, n’était, elle, pas prête à devenir « président des Etats-Unis, ce qui est, a-t-il rappelé, le job d’un vice-président ». Colin Powell est ainsi devenu la première figure politique conservatrice, d’envergure nationale, à se rallier au candidat démocrate mais il n’est que la partie émergée d’un iceberg. D’autres conservateurs ont déjà franchi ce pas car, très paradoxalement, Barack Obama fait recette parmi les columnists républicains, ces éditorialistes dont les apparitions télévisées et les articles reproduits dans de nombreux journaux constituent le magasin d’armes idéologique de la droite américaine. Tandis que les columnists démocrates soutiennent leur camp, les républicains font, eux, désertion. Le New York Times soulignait, hier, le ton « désillusionné » avec lequel ces hommes qui avaient accompagné la « révolution conservatrice » de Ronald Reagan rendent compte de la campagne. Le quotidien relevait leurs éloges de Barack Obama (« une intelligence de première classe »), leurs flèches contre « l’improvisation frénétique » de John McCain ou la « surévaluation » de Sarah Palin – bref, leur tropisme obamiste. Tout se passe comme si ces intellectuels de droite n’en pouvaient plus de l’état de déliquescence de leur parti et ne supportaient plus d’y coexister avec la droite religieuse et ses primitivismes. Tout se passe comme s’ils ne pardonnaient pas son échec à l’équipe Bush, préféraient que les conservateurs se refassent dans une cure d’opposition et tablaient sur Barack Obama pour rendre un minimum de prestige et de force aux Etats-Unis. Ce phénomène n’est pas négligeable car si les éditorialistes ne font pas une élection, ni ceux de droite ni ceux de gauche, ils donnent un ton et pèsent à la marge, déplacent ces quelques voix qui peuvent faire le résultat dans un scrutin serré. Or celui du 4 novembre, dans deux semaines jour pour jour, est loin d’être joué. Tout paraît aujourd’hui sourire à Barack Obama mais un sondage effectué samedi dernier vient de le donner en recul. Il n’aurait plus que quatre points d’avance sur son adversaire républicain, contre dix les jours précédents. Chaque voix comptera, celles, notamment, des déçus de la droite.

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