Les Iraniens freinent, mais sans rompre. Après une première journée, lundi à Vienne, de discussions encourageantes avec les grandes puissances, ils ont soudain multiplié, hier, les obstacles, jusqu’à rendre impossible la reprise des pourparlers avant la tombée de la nuit. Tantôt, c’était la France dont ils récusaient la présence en invoquant de vieux contentieux datant d’il y a trente ans et qu’ils ressortaient du jour au lendemain. Tantôt, c’était l’extrême confusion de leurs propositions qui plongeait leurs interlocuteurs dans la perplexité. Non, contrairement à ce qu’ils avaient laissé entrevoir le 1ier octobre, à Genève, ils ne voulaient plus confier à la Russie l’essentiel de leurs stocks d’uranium pour l’enrichir à des fins civiles, à moins de 20%, et n’envisageaient plus que des opérations successives portant sur de petites quantités. On était loin du geste clair qui pouvait rétablir la confiance, loin de la situation qui retarderait d’au moins un an la progression de l’Iran vers le nucléaire militaire, loin de la percée, donc, qui aurait pu permettre de marcher vers un grand compromis régional entre les Etats-Unis et la République islamique. Faute de réunion plénière, ces pourparlers tournaient aux apartés de couloir qui rendaient la situation encore plus illisible mais au moment même où l’on frôlait l’impasse, les discussions ont repris, bientôt qualifiées de « constructives » par les Iraniens qui ont été les premiers à annoncer qu’elles se prolongeraient aujourd’hui, « avec tous les pays concernés », ont-ils dit dans une formule signifiant qu’ils ne récusaient plus la France. Essayons de comprendre. Première hypothèse, celle qu’avancent les plus pessimistes des diplomates européens, l’Iran se jouerait des grandes puissances. Il n’aurait laissé entrevoir un compromis, à Genève, que pour les enferrer dans des négociations qu’il n’aurait aucune intention de faire aboutir. Son objectif ne serait que de retarder l’application de nouvelles sanctions économiques par le Conseil de sécurité et sa tactique serait donc de ne pas rompre ces pourparlers mais, au contraire, de les faire durer en alternant le chaud et le froid. C’est tout à fait plausible mais une autre hypothèse ne l’est pas moins. On peut tout aussi bien considérer que le rapprochement diplomatique entre les Etats-Unis et la Russie et le mécontentement populaire auquel se heurte le régime iranien depuis les élections frauduleuses du mois de juin ont conduit ses dirigeants à plus de réalisme. Ils ne voudraient pas risquer d’affronter en même temps une fronde intérieure persistante et des sanctions économiques qui pourraient la nourrir. Ce régime aurait également compris que les Etats-Unis ont besoin de trouver un compromis avec lui. C’est la carte qu’il jouerait depuis septembre mais avec d’autant plus de lenteur, et d'à-coups, que le pouvoir iranien est profondément divisé et que les instructions données à ses négociateurs peuvent ainsi varier d’heure en heure. Il n’y a pas de certitude. On ne sait pas et, pour ne rien simplifier, ces deux hypothèses ne s’excluent pas.

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