Et maintenant, la Grande-Bretagne. Après la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, la France, après l’Allemagne qui avait pris de l’avance, après toute l’Europe continentale ou presque, Russie comprise qui vient d’annoncer un gigantesque plan de privatisations, c’est la Grande-Bretagne qui se met à l’heure de l’austérité. Son gouvernement a annoncé, hier, un plan de réductions des dépenses publiques de 83 milliards de Livres, 95 milliards d’euros, sur quatre ans auquel s’ajouteront 30 milliards de Livres de hausses d’impôt pour ramener, en 2015, le déficit public de 10,1% à 1,1% du Produit intérieur brut. Tout y passe. Près d’un demi-million d’emplois publics seront supprimés. Les dépenses de protection sociale seront amputées de 7 milliards qui viendront s’ajouter aux 11 milliards de coupes annoncées avant l’été. Le relèvement de l’âge du départ en retraite de 65 à 66 ans se fera plus vite que prévu afin d’économiser 5 milliards supplémentaires. Les ressources allouées aux collectivités territoriales seront diminuées de 26% ce qui menace directement le logement social, la collecte des ordures et les transports municipaux. Les budgets des ministères baisseront de 19% en moyenne avec des pics de – 33% pour l’Environnement et l’agriculture, de – 24% pour les Affaires étrangères et de – 23% pour la Justice et l’Intérieur. L’un dans l’autre, c’est la masse des Britanniques, bas salaires et classes moyennes, qui est ainsi mise à la diète avec une brutalité qui n’avait été dépassée qu’en Grèce où l’Etat était au bord de la cessation de paiements. Il s’agit « d’éviter la faillite » de la Grande-Bretagne a plaidé son ministre des Finances, Georges Osborne en expliquant que, sans ces mesures, encore plus d’emplois auraient été menacés. Peut-être, mais toute la question est de savoir s’il ne s’agit pas là du genre de remèdes qui tuent le malade pour le guérir. Le débat est simple. D’un côté, le niveau d’endettement atteint par les Etats européens est tel que, s’ils ne mettent pas de l’ordre dans leurs Finances, ils risquent tous d’avoir de plus en plus de mal à emprunter à des taux acceptables et d’entrer ainsi dans le cycle connu des ménages surendettés dont les traites augmentent sans cesse et dont toutes les ressources passent chez leur banquier. De l’autre, il est tout aussi vrai, premièrement, que les Etats n’en seraient pas là s’ils n’avaient pu dû sauver l’économie mondiale des ravages causés, il y a deux ans, par les aventures bancaires et, deuxièmement, que la réduction des dépenses publiques risque de casser ce qui reste de croissance européenne et d’ajouter une crise à la crise après avoir fragilisé une part considérable des foyers européens. C’est ce second risque que la Grande-Bretagne accroît encore en y allant à la hache et il n’est plus improbable, dans ces conditions, que les gauches reviennent au pouvoir à Londres, Paris et Berlin lors des prochaines élections. Sous quelques années, la gauche pourrait être majoritaire dans l’Union, avec le redoutable défi d’avoir à inventer une politique européenne mariant rigueur et justice sociale.

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