Les plans d’aide européens aux pays en difficultés comme la Grèce ou le Portugal ne sont guère populaires en Allemagne. Une partie de la presse fait campagne contre eux. Alors même qu’il ne s’agit que de prêts et de garanties bancaires et non pas de dons, beaucoup d’Allemands se demandent pourquoi ils devraient mettre la main à la poche pour d’autres Européens qui n’ont pas fait – et cela est en revanche vrai – les mêmes efforts qu’eux pour redresser leurs finances publiques.

La solidarité européenne est, en un mot, un terrain aussi miné en Allemagne que l’immigration en France mais la social-démocratie y défend pourtant non seulement les plans d’aide mais également l’adoption d’une stratégie européenne commune de soutien à l’emploi et la croissance dans la zone euro. La gauche allemande plaide pour des mesures de relance de l’économie européenne et elle vient même d’en faire l’une des exigences à l’acceptation desquelles elle conditionne la formation d’une grande coalition avec la démocratie-chrétienne de Mme Merkel.

Les sociaux-démocrates veulent, entre autres, imposer à la chancelière l’instauration d’un salaire minimum, l’égalité salariale entre hommes et femmes, la création d’une taxe sur les transactions financières ou encore un effort d’investissement dans les infrastructures et l’éducation mais les mesures de relance européenne sont une telle priorité à leurs yeux que leur président, Sigmar Gabriel, en a publiquement défendu la nécessité vendredi. Avant même que sa base n’ait avalisé, hier, l’ouverture des négociations avec la démocratie-chrétienne, Sigmar Gabriel est allé expliquer devant des syndicalistes de Hanovre que ce n’était pas seulement par solidarité que l’Allemagne devait aider ses partenaires les plus affaiblis. « Nous devons stabiliser l’Europe car, sinon, le chômage et les difficultés de la croissance se propageront à notre pays »,

leur a-t-il dit avant de rappeler que l’Allemagne réalisait 60% de ses exportations dans l’Union et 40% dans la seule zone euro.

« Où en seraient notre pays, notre industrie et le niveau de notre emploi si l’Europe, principale destination des produits allemands, se retrouvait genoux à terre ? », a-t-il demandé en conclusion et ce discours de Hanovre a d’autant plus d’importance que ce n’est pas là le seul point de vue de la social-démocratie. Il est partagé par les syndicats qui ne verraient, bien sûr, qu’avantage à des mesures de relance commune dont l’Allemagne bénéficierait aussi mais également par les milieux patronaux qui s’inquiètent de plus en plus de voir leurs marchés se restreindre.

Le vent commence à tourner en Allemagne et Mme Merkel devra en tenir compte car le SPD, le parti social-démocrate, est le seul avec lequel elle puisse constituer une majorité parlementaire puisque les Verts ne veulent finalement pas gouverner avec elle et que les Libéraux n’ont plus d’élus au Parlement.

Malgré leur défaite électorale et la triomphale victoire de Mme Merkel, les sociaux-démocrates se sentent ainsi en position de force. Ils sont donc bien décidés à imposer leurs exigences, et avant tout sur l’Europe.

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