Eh bien voilà, c’est fait, une convergence franco-allemande s’est désormais esquissée sur la nécessité de relancer l’investissement en Europe pour y relancer la croissance. Reçus hier à Berlin par leurs homologues allemands, les ministres français de l’Economie et des Finances y ont d’abord constaté que leurs hôtes étaient maintenant tout aussi inquiets qu’eux du ralentissement de l’activité dans la zone euro et qu’ils voyaient là un danger pour l’ensemble de l’Union, Allemagne comprise puisqu’elle réalise plus de la moitié de ses exportations dans les pays de la monnaie unique.

C’est un changement de ton que Michel Sapin et Emmanuel Macron ont relevé à Berlin où la faiblesse de la croissance n’est plus regardée comme un problème passager mais demandant une réponse concertée et où le recours à l’investissement public n’est plus le tabou qu’il était il y a encore peu. Signe des temps, les partis de la grande coalition au pouvoir, la gauche mais aussi la droite, envisagent au contraire son augmentation qui, orthodoxie budgétaire oblige, se ferait au détriment d’autres dépenses.

Le diagnostic étant ainsi largement partagé, les quatre ministres se sont mis d’accord pour que la France et l’Allemagne, premièrement, fassent très vite des propositions communes sur les 300 milliards d’investissements auxquels Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, veut procéder ; deuxièmement, investissent chacune de leur côté dans les domaines que leur semblent prioritaires et, troisièmement, envisagent des investissements communs dans des partenariats entre le public et le privé. L’Allemagne entend, pour sa part, mettre l’accent sur le numérique, la transition énergétique et les transports et souhaite, comme la France, que l’Union investisse non seulement dans le numérique et l’énergie mais aussi dans la recherche.

On en est aux lignes directrices mais, sitôt après que les deux économistes, français et allemand, auxquels ils ont demandé un rapport sur la relance de la croissance leur auront remis leurs conclusions à la mi-novembre, les gouvernements des deux pays se réuniront, le 1ier décembre, avec leurs banquier centraux, pour formaliser l’ensemble de leurs propositions.

En cours depuis l’été et parfaitement perceptible à la seule condition de ne pas refuser d’y croire, cette évolution aura été accélérée par le ralentissement de l’économie allemande elle-même. Elle reste à mener à bien. Cela ne sera guère facile mais, nécessité faisant loi, Paris et Berlin devraient y parvenir dans le mois et demi à venir. Bien des choses commenceront alors à changer en Europe et, dans l’immédiat, cette nouvelle convergence aidera la France à faire accepter par la Commission la persistance d’un déficit budgétaire bien supérieur aux 3% du PIB fixés par les traités.

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