Le Tribunal constitutionnel a décidé de censurer une loi de 2010 votée par le Parlament de Catalogne, qui interdisait les courses de taureaux sur tout le territoire catalan.

Toréador prêt
Toréador prêt © Getty / Sigfrid López

Anthony Bellanger.

Ce matin, direction la Catalogne espagnole qui devrait à nouveau accueillir des corridas !

La messe n'est pas dite ! Mais c'est vrai que le Tribunal constitutionnel espagnol, donc madrilène, a décidé de censurer une loi de 2010 votée par le Parlament de Catalogne, qui interdisait les courses de taureaux sur tout le territoire catalan.

La plus haute instance judiciaire espagnole a jugé en effet que les autorités catalanes avaient le droit de réguler les « spectacles de tauromachie » mais pas de les interdire. Pour une raison bien simple et qui, elle, date de 2013 : Le gouvernement de Madrid a en effet décidé en 2013 de faire de la fête taurine un « trésor immatériel national » et donc de reprendre la main sur les autorisations d'organiser ou non des corridas.

Si j'ai bien compris, c'est la guerre entre Madrid et Barcelone ?!

Exactement, interdiction catalane en 2010, loi de circonstance madrilène en 2013, recours des conservateurs de Madrid auprès du Tribunal en 2014 et aujourd'hui, décision du Constitutionnel : c'est une guerre culturelle très violente qui se joue là.

D'ailleurs, ça n'a pas échappé au Parlement de Catalogne qui, immédiatement, a voté une résolution expliquant, grosso modo, que Madrid pouvait vitupérer, multiplier les oukases : jamais plus une corrida ne sera organisée en terre catalane. ! Olé !

Et c'est vrai pour des raisons pratiques : depuis la décision de 2010, toutes les arènes catalanes ont été soit carrément démantelées, soit transformées en stade, en salle de spectacle ou les étables ont été supprimées. Impossible donc d'y faire venir des bêtes.

Il n'y en a qu'une seule qui pourrait éventuellement accueillir à nouveau la « faena » et c'est la plus importante d'entre elle : la Monumental de Barcelone. Un bijou d'architecture gotico-mauresque en plein cœur de la capitale catalane.

Et là aussi, j'imagine qu'on fera tout pour que les corridas n'y reviennent pas...

A commencer par la maire de Barcelone, Ada Calau, qui a aussitôt twitté que sa ville était contre la corrida et qu'elle le restera. Mais on voit bien qu'au fond, derrière cette histoire picrocholinesque de corrida catalane ou non, il y a beaucoup plus qui se joue.

Il y a tout simplement l'avenir de l'Espagne et de la Catalogne, au sein de l'Espagne ou non. Le non-dit, ce cette affaire assez ridicule, il faut bien le dire : c'est qui de Madrid ou de Barcelone décide ce qui peut ou non se faire ou s'organiser en Catalogne.

Il ne faut jamais oublier que la guerre civile espagnole, entre 1936 et 1939, a en partie été déclenchée parce que justement la Catalogne avait acquis une autonomie inédite dans le cadre républicain. Une autonomie aussitôt annulée par les franquistes.

Il est impossible de comprendre la crise politique dans laquelle l'Espagne est plongée depuis 10 mois si l'on ne sait pas combien l'indépendance catalane est un tabou absolu à Madrid qui empêche, par exemple, la constitution d'une majorité à gauche.

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