Le 70ème anniversaire de l’entrée de la Chine dans la guerre de Corée, face aux Américains, a donné l’occasion à Pékin de lancer des messages politiques très actuels et très menaçants, en direction des États-Unis, et de Taiwan.

Les restes de soldats chinois morts pendant la guerre de Corée (1950-1953) continuent d’être rapatriés en Chine. Une cérémonie a eu lieu le 27 septembre à Shenyang. Plusieurs centaines de milliers de soldats chinois sont morts dans cette guerre
Les restes de soldats chinois morts pendant la guerre de Corée (1950-1953) continuent d’être rapatriés en Chine. Une cérémonie a eu lieu le 27 septembre à Shenyang. Plusieurs centaines de milliers de soldats chinois sont morts dans cette guerre © AFP / Yang Qing / XINHUA / Xinhua via AFP

La Chine célèbre avec éclat cette semaine le 70ème anniversaire de son entrée dans la guerre de Corée en 1950. Mais il ne s’agit pas tant pour Pékin d’honorer les anciens combattants que d’envoyer des messages très guerriers à deux adversaires potentiels, les États-Unis et Taiwan.

La guerre de Corée, entre 1950 et 1953, est la référence idéale pour une période de forte tension sino-américaine comme aujourd’hui. C’est la seule fois au XXème siècle que les armées chinoise et américaine se sont combattues, et très durement. Message simple et direct de la propagande chinoise : « nous vous avons combattu quand nous étions faibles et pauvres ; nous n’hésiterions pas à le faire de nouveau aujourd’hui ». Ca a le mérite d’être clair.

Les événements de 1950, qui font l’objet d’innombrables séries télé, expositions, et discours patriotiques, sont de la matière à mythes. L’armée américaine du général MacArthur avait sauvé l’armée sud-coréenne de la déroute face aux Communistes du nord, et avançait en direction de la frontière chinoise.

Mais dans la nuit du 19 octobre 1950, Mao donna l’ordre à quelque 250.000 soldats chinois de traverser les eaux gelées du fleuve Yalu, prenant les troupes américaines par surprise. Ce fut un carnage, bien que les Chinois aient été nettement moins bien équipés que les Américains. Mais Mao avait joué le nombre, et avait gagné, au prix de lourdes pertes, y compris son propre fils.

Dans les semaines suivantes, les Américains durent reculer sur ce qui est la ligne de démarcation actuelle entre les deux Corées, une défaite pour Mac Arthur. Furieux, le vainqueur de la guerre du Pacifique demanda à Washington l’autorisation de larguer une bombe atomique sur la Chine ! Permission refusée, et il fut relevé de son commandement.

Une nouvelle guerre est-elle vraiment possible ? Ce n’est assurément pas l’intérêt de la Chine d’entrer en guerre avec les États-Unis. Le rapport de force est aujourd’hui encore largement en faveur des Américains.

En revanche, il est un scénario qui inquiète et qui verrait la Chine profiter de la période électorale américaine, et en particulier de la probable confusion qui pourrait suivre l’annonce des résultats, pour se lancer à l’assaut de Taiwan.

Depuis des semaines, Pékin fait monter la pression sur l’île que la Chine revendique comme sienne, mais qui a un gouvernement démocratiquement élu, une armée, bref, toute l’apparence d’un État indépendant sauf la reconnaissance internationale.

Les menaces, les pressions, les provocations chinoises font craindre un coup de force, sinon sur Taiwan entière, au moins sur certaines îles qui dépendent de Taipei et qui pourraient constituer une prise politique pour Xi Jinping, le numéro un chinois. C’est le message pas même subliminal de l’anniversaire de la guerre de Corée.

Ce serait un jeu dangereux, susceptible de déclencher une escalade incontrôlée. Mais le simple fait que des gens très sérieux le considèrent comme crédible en dit long sur cette période à haut risque.

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