Cela frappe. Une montée de l’extrême-droite en Allemagne ne peut pas ne pas frapper mais, à voir là le nazisme renaître outre Rhin, les démocraties non seulement se tromperaient d’époque mais s’aveugleraient aussi sur elles-mêmes. Avec une progression de 8 points, l’extrême-droite allemande a dépassé, dimanche, les 9% aux élections régionale du land de Saxe. En progression d’un peu plus d’un point dans le Brandebourg, elle y a dépassé les 6%. C’est trop, beaucoup trop, mais cela reste bien dérisoire par rapport à la France où le Front national avait éliminé la gauche au premier tour de la dernière élection présidentielle, à l’Autriche où l’extrême-droite, désormais en recul, continue de siéger au gouvernement, à l’Italie où elle fait partie de la coalition de Silvio Berlusconi, aux Etats-Unis où elle pèse si lourd dans l’administration Bush et à tant d’autres pays d’Europe où elle s’enracine. Dans ce triste tableau, l’Allemagne avait longtemps fait exception mais là-bas aussi, même là-bas, le verrou saute car l’Allemagne unifiée n’est pas seulement confrontée à la droitisation générale des opinions occidentales, aux flottements identitaires de la gauche et au trouble général qu’ont suscité la fin de l’équilibre bipolaire, l’apparition de nouveaux périls, la crise de l’Etat-Providence et la mondialisation de l’économie. En plus de ce lot commun, l’Allemagne doit également faire face, dans ses frontières, au problème général de l’intégration européenne des anciens satellites de l’URSS, partout bien plus difficile encore à résoudre qu’on avait voulu l’espérer. Le retard industriel et technologique de ces pays ne se digère pas facilement. La découverte du chômage et des inégalités y est un choc. La déception surtout de peuples qui avaient cru qu’il leur suffirait de retrouver la liberté pour accéder à la prospérité y fait des ravages politiques. C’est dans toute l’ancienne Europe centrale ou presque que tous les courants possibles de l’extrême-droite renaissent de ces difficultés. Le phénomène est autrement plus inquiétant en Hongrie, en Pologne, en Roumanie qu’il ne l’est en Allemagne mais, en Allemagne, solide démocratie, les difficultés des deux Europe, de l’Est et de l’Ouest, se mêlent. Non seulement les Allemands de l’Est tolèrent très mal de rester plus mal lotis que leurs concitoyens de l’Ouest mais c’est toute la République fédérale qui doit, parallèlement, se serrer la ceinture car l’intégration de l’ex-RDA lui coûte cher, que la concurrence internationale met à mal ses hauts salaires, que son vieillissement menace ses retraites et son assurance maladie et que ses caisses de chômage se vident. L’Allemagne est en crise. Gerhard Schröder réduit sa protection sociale. Les länder de l’Est, comme la Saxe et le Brandebourg, sont les premiers à en souffrir et il est plutôt rassurant, dans ces conditions, que les anciens communistes profitent beaucoup plus que l’extrême-droite de ces difficultés et que la dégringolade des sociaux-démocrates ait été relativement freinée dimanche. Si dramatiques soient-ils, les problèmes d’aujourd’hui ne sont pas ceux des années trente.

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