Avec 220 millions d’habitants, l’Indonésie est le plus grand pays musulman du monde. Inébranlable soutien de la cause palestinienne, elle n’a jamais reconnu Israël mais, la semaine dernière, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, son ministre des affaires étrangères s’est discrètement entretenu avec le chef de la diplomatie israélienne. C’était une première, bientôt suivie, avant-hier, d’un éditorial du Jakarta Post dans lequel le grand journal indonésien estimait, sous le titre « Repenser Israël », que « si le processus de paix progresse, l’Indonésie doit saisir l’occasion de s’engager avec l’Etat le plus moderne du Proche-Orient ». Pourquoi pas commencer par un « bureau d’échanges commercial », ajoutait le quotidien alors que l’une des premières personnalités politiques du pays, l’ancien Président Abdurrahman Wahid, préconise, lui, l’établissement de relations diplomatiques et que de nombreuses voix s’élèvent pour dire que l’Indonésie serait mieux à même d’aider les Palestiniens et de se faire entendre sur Jérusalem en reconnaissant Israël qu’en continuant à nier son existence. Cette évolution est d’autant plus notable que, parallèlement, un autre grand pays musulman, le Pakistan, 120 millions d’habitants, s’est lui aussi rapproché d’Israël, dès avant le retrait de Gaza. Les ministres des Affaires étrangères se sont rencontrés le 1er septembre en Turquie, le troisième des géants musulmans n’appartenant pas au monde arabe et qui entretient, lui, depuis toujours, des liens diplomatiques étroits avec l’Etat juif. Le président pakistanais et le Premier ministre israélien se sont depuis serré la main à l’Onu et Pervez Musharraf s’est adressé, dimanche, à une réunion du Congrès juif mondial pour qualifier d’« aberration » l’absence de relations entre Israël et son pays. Comme les Indonésiens, les Pakistanais n’entendent se rapprocher d’Israël qu’au rythme où progresserait le dialogue de paix israélo-palestinien mais ces deux puissances musulmanes n’ont pas que la Palestine en tête. Toutes deux, et surtout le Pakistan, sont confrontées à des mouvements islamistes radicaux liés au terrorisme. Toutes deux craignent d’en être déstabilisées et cette menace les pousse non seulement à souhaiter le règlement d’un conflit dont l’islamisme se nourrit mais à favoriser aussi une paix qui leur permettrait de faire front commun avec Israël, contre le terrorisme. C’est un vrai changement de donne et il peut d’autant plus peser dans la balance que si les relations entre Israël et ses voisins égyptien et jordanien se réchauffent aussi, c’est pour les mêmes raisons. D’une manière qu’ils n’avaient pas anticipée, les stratèges d’Al-Qaëda rebattent les cartes mais cette paix que tant de capitales musulmanes espèrent maintenant est-elle possible ? Elle l’est comme elle ne l’a jamais été mais les Israéliens ne feront pas un pas de plus tant que l’Autorité palestinienne n’aura pas prouvé sa capacité à contrôler Gaza et désarmé les milices palestiniennes. Or cela Mahmoud Abbas n’y parviendra que s’il peut dire que la paix est au bout du chemin. Ariel Sharon et le Président palestinien ont rendez-vous le 2 octobre. Il reste beaucoup à faire.

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