Comment ne pas les comprendre ? Comme lundi, comme mardi, pour le troisième jour consécutif, quelques dix ou quinze mille Hongrois manifestaient hier, à Budapest, devant leur Parlement pour réclamer la démission de leur Premier ministre, Ferenc Gyurcsany qui avait reconnu, dimanche, que oui, il avait bel et bien menti au pays pour remporter les législatives du mois d’avril dernier et faire reconduire sa majorité. Cet aveu, le Premier ministre hongrois, un socialiste, ancien communiste qui avait fait fortune dans les affaires à l’avènement de la démocratie, avait dû s’y résoudre après qu’une chaîne télévisée de l’opposition eut diffusé l’enregistrement d’une harangue aux députés de son parti dans laquelle il leur disait, au mois de mai : « En fin de campagne électorale, nous avons tout fait pour garder secret ce dont le pays avait vraiment besoin, ce que nous comptions faire après la victoire ». Ce secret, c’était qu’il faudrait passer à de sévères mesures d’austérité pour combler le déficit des comptes publics, le plus élevé de toute l’Union européenne. Non seulement Ferenc Gyurcsany avait trompé l’électorat et ainsi volé la victoire à l’opposition de droite en berçant d’illusions les électeurs mais les termes dans lesquels il l’avait dit à son groupe parlementaire, ces mots que toute la Hongrie a maintenant entendus, étaient terrassant de brutalité. Ecoutez le : « Nous le savions tous : après la victoire, il fallait se mettre au travail car nous avons merdé, pas un peu, beaucoup. Personne en Europe n’a fait de pareilles conneries. Il est clair que nous avons menti tout au long des dix-huit derniers mois. Nous mentions le matin, nous mentions le soir. Nous n’avons rien fait depuis quatre ans. Vous ne pouvez pas me citer une seule mesure gouvernementale dont nous pourrions être fiers mais nous n’avons plus le choix. On doit avouer ce qu’on doit faire pour réduire le déficit dès cette année et mettre en œuvre les modifications fiscales dès le mois de septembre ». Depuis qu’elle a entendu cela, la Hongrie est en état de choc, en « crise morale », dit son Président, et pourtant seuls 43% des Hongrois considèrent que leur Premier ministre devrait démissionner contre 38% qui sont d’un avis contraire. Enormité de ce scandale ou pas, le pays n’est pas unanime à vouloir la tête de Ferenc Gyurcsany car beaucoup comprennent qu’il voulait convaincre son parti, par cette brutalité, qu’il n’était plus temps de nier les réalités et qu’il fallait substituer un langage de vérité aux promesses de raser gratis. Dans l’aveu de ces mensonges, beaucoup de Hongrois ont entendu, et pas à tort, une exigence de vérité future que leur Premier ministre tentait de faire partager à sa majorité. Ferenc Gyurcsany avait seulement oublié qu’il n’avait pas que des amis parmi ses amis, que ses propos pouvaient être enregistrés et retournés contre lui et qu’il aurait alors beaucoup de peine à ne pas être laminé aux élections municipales du 1ier octobre prochain. La Hongrie, pays de l’Union, plonge dans la crise.

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