C’est un nouvel ordre de mission qu’Oussama ben Laden vient de lancer à ses fidèles. Après être réapparu il y a dix jours pour tirer ses conclusions politiques du 11 septembre, après avoir montré à quel point il était au fait de l’actualité en citant des dirigeants nouvellement élus et des essais récemment parus, il a appelé, hier, au « renversement » du Président pakistanais. Rappelant le sanglant assaut lancé, en juillet dernier, contre une mosquée d’Islamabad, la Mosquée rouge, quartier général des islamistes pakistanais les plus radicaux, la figure de proue d’al Qaëda a dénoncé là une nouvelle preuve de la « soumission » de Pervez Musharraf aux Américains et de l’aide qu’il leur apporterait « contre les musulmans ». C’est un « apostat », a-t-il dit dans ce qui revenait à une condamnation à mort et les ministres et soldats qui le soutiennent, a-t-il ajouté, sont « comme lui, des infidèles ». Cette déclaration n’est pas qu’une incantation. C’est la définition d’une nouvelle priorité, à un moment de grande fragilité du Pakistan, allié traditionnel des Etats-Unis et pièce maîtresse de leur dispositif en Asie du sud-ouest. Soumis à réélection le 6 octobre prochain, Pervez Musharraf fait face, à la fois, à une très forte contestation des classes moyennes qui aspirent à la démocratie et ne veulent plus de sa dictature, à une agitation et de constants attentats des islamistes et au défi de deux anciens Premiers ministres qui entendent revenir de leur exil et reprendre les commandes. Le général Musharraf a toute chance d’être réélu car il contrôle les Assemblées et que ce sont elles qui élisent le président mais, outre qu’il devra renoncer, alors, à sa casquette de chef des armées, les prochaines législatives, à la fin de l’année, seront très difficiles pour lui. Toujours très instable, le Pakistan entre dans une période particulièrement incertaine alors qu’il est doté de la bombe atomique et que ses 160 millions d’habitants en font un poids lourd régional, à la charnière des islam proche-oriental et asiatique et à la frontière, surtout, de l’Afghanistan. Avec cet appel de ben Laden, la menace islamiste y sera plus grande encore car al Qaëda ne manque pas de soutiens dans ce pays. Les islamistes ne sont sans doute pas à même de prendre les leviers de commande à Islamabad mais l’intensification du terrorisme, la multiplication des enlèvements de soldats et le redoublement de l’agitation intégriste pourraient accentuer les profondes divisions ethniques et régionales du Pakistan et conduire à une situation d’éclatement. Si c’était le cas, la déstabilisation de l’Afghanistan, à la frontière nord du Pakistan, en serait grandement facilitée. Ben Laden n’avance pas ses pions au hasard mais le pays qui en est, aujourd’hui, le plus inquiet est l’Iran qui ne veut pas voir ses deux voisins orientaux tomber aux mains de l’islamisme sunnite. Dans cette affaire, il y a convergence entre les craintes et les intérêts des Etats-Unis et de l’Iran.

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