Comme la France depuis des mois, les Etats-Unis tablent désormais sur une chute du régime syrien. Cela était devenu clair au milieu de l’été, quand Barack Obama avait appelé Bachar el Assad à se retirer, mais le New York Times vient de confirmer cette évolution de la diplomatie américaine en citant, sous couvert d’anonymat, de hauts responsables de la Maison-Blanche aux yeux desquels la messe serait dite à Damas.

« Le consensus est qu’il est à bout », dit l’un de ces officiels en parlant du président syrien. « La grande différence avec les années 90, ajoute un ancien collaborateur de Barack Obama, est que lorsque la Syrie ne pouvait pas obtenir de prêts des Etats-Unis ou développer ses échanges avec eux, elle se tournait vers les Européens » alors que l’Europe a aujourd’hui pris des sanctions qui ferment son marché au pétrole syrien dont elle assurait 90% des débouchés. Ces sanctions andicaperont l’économie syrienne, relève une troisième source du New York Times, et pourraient donc exercer une pression supplémentaire sur le régime Assad.

Les Etats-Unis croient, de fait, si peu à la pérennité du pouvoir syrien qu’ils se préparent déjà à l’après Assad en étudiant avec la Turquie les moyens d’éviter qu’il ne précipite une guerre civile entre les différentes communautés du pays, comme en Irak après le renversement de Saddam Hussein. Comme les Américains, les Turcs s’inquiètent de cette possibilité non seulement car ils ont une longue frontière avec la Syrie mais parce qu’ils craignent aussi un réveil des Kurdes syriens alors que les populations kurdes d’Irak sont devenus autonomes, que celles d’Iran s’agitent et que celles de la Turquie posent à nouveau problèmes à Ankara.

Nation divisée, nation sans Etat depuis que les grandes puissances lui en ont refusé un à la fin de la Première Guerre mondiale, les Kurdes pourraient ajouter une nouvelle crise aux crises proche-orientales à la faveur de la crise syrienne qui envenime déjà les rapports entre chiites et sunnites dans toute la région car c’est aujourd’hui une minorité chiite qui gouverne à Damas une majorité sunnite entrée en révolte.

A l’heure où le front israélo-palestinien menace aussi de s’enflammer, l’inquiétude américaine est compréhensible mais est-ce que le pouvoir syrien est réellement aussi près de devoir jeter l’éponge ? L’armée lui reste fidèle. La Russie continue de s’opposer à l’adoption de toute sanction internationale par le Conseil de sécurité. Aucune capitale n’envisage même d’appui militaire aux insurgés. Bachar al Assad n’a pas déjà perdu la partie mais le fait est, en même temps, que les troupes syriennes sont majoritairement sunnites et pourraient finir par se retourner, que les manifestations se poursuivent malgré la férocité de la répression et que l’opposition syrienne tend à s’unir à grands pas.

La situation reste ouverte mais même l’Iran dont le régime syrien est un indispensable allié l’appelle aujourd’hui à la modération. C’est le signe le plus probant que la survie de ce pouvoir n’est plus assurée et que la France et les Etats-Unis ont sans doute raison de ne plus tabler sur elle.

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